LES DISCIPLES DE TILLIEUX

Alors que les éditions de l’Elan poursuivent leur splendide réédition des aventures de Felix – parution du tome 4 début décembre – et que la ville belge de Huy célèbre, au travers de conférences, rencontres et expositions, le créateur de Gil Jourdan , la marque et l’empreinte de Maurice Tillieux sont nettement perceptibles dans plusieurs bandes dessinées d’inspiration policière publiées dernièrement.

Petibouchon 1 Couv

Le premier tome des aventures de Louise Petibouchon intitulé Perdreaux aux pruneaux et signé Éric Albert et Jean Depelley aux éditions du Long Bec propose trois aventures d’une jeune inspectrice de police dans le Limoges de la fin des années 1950. On relèvera que physique de l’intéressée n’est pas sans rappeler celui de Queue de Cerise, la célèbre secrétaire du Gil Jourdan de Tillieux. Ce n’est d’ailleurs pas le seul clin d’œil à l’oeuvre du grand Maurice que nous propose cette bande dessinée ! Mais fort heureusement, elle ne se contente pas de reprendre les fondamentaux des classiques franco-belges et leurs galeries de personnages très typés. Les auteurs ont su insuffler une dose de modernité à leur récit en développant notamment une approche psychologique de leur personnage principal. Les enquêtes proposées sont agréables à suivre. Le ton est humoristique et les dialogues plutôt inspirés. Le tout est servi par un dessin et une mise en page qui sans être révolutionnaires servent le propos.

Plus d’infos sur le site de l’éditeur : www.editions-du-long-bec.com

Atom Agency couv

Avec Les Bijoux de la Bégum, premier tome de leur nouvelle série Atom Agency chez Dupuis, le tandem Olivier Schwartz et Yann nous propose également un récit policier situé dans la France des années 1950. Le jeune Atom Vercorian, héros principal, y mène l’enquête avec la jeune Mimi et l’ancien catcheur Jojo la Toupie. Au programme : le vol des bijoux de La Bégum, l’épouse du richissime Aga Khan ! N’ayant pas pu mener à bien leur projet de reprise de Gil Jourdan, Schwartz et Yann ont su s’inspirer des lignes de force de la série de Maurice Tillieux pour nous servir un récit personnel avec des personnages aux caractères bien trempés (mention spéciale à la famille arménienne du héros),  de l’action, du suspense, de l’humour (excellents dialogues de Yann). Le dessin ligne claire de Schwartz fait merveille notamment dans la recréation de décors pleins de nostalgie. On relèvera le dessin de couverture très Gil Jourdan d’une édition spéciale de l’album proposée par trois libraires (reprise ci-dessus). Une version noir et blanc en grand format est annoncée pour le début décembre chez Dupuis.

Plus d’infos sur le site de l’éditeur : www.dupuis.com

Camions du diable couv

Quelques mois après une splendide réédition du Lac de l’Homme Mort, les éditions Dupuis nous proposent une nouvelle aventure de Marc Jaguar intitulée Les Camions du Diable. Cette bande dessinée n’est pas totalement assimilable à une nouveauté. En effet, elle reprend les premières planches d’un récit abandonné par Tillieux, au milieu des années 1950, au bout de seulement 8 planches dessinées dont 7 publiées dans Risque Tout. Ce sont le scénariste Etienne Borgers et le tandem de dessinateurs François Walthéry et Jean-Luc Delvaux qui ont pris en main d’achever cette bande dessinée sachant que Tillieux n’avait laissé aucun élément sur la suite et la fin du récit juste commencé. Si on sent très nettement la volonté de respecter l’œuvre de Tillieux, de faire œuvre de fidélité à l’original en reprenant l’ensemble des ingrédients qui faisaient le charme de ses albums (action, humour, ambiances, dialogues…), le résultat est quelque peu décevant.  Si le dessin est agréable avec une dominante manifeste de la patte de Jean-Luc Delvaux, animateur de la série automobile rétro Jacques Gipar dans la collection Calandre des éditions Paquet (six albums parus et un septième à venir cette fin novembre), c’est l’intrigue proposée et son traitement qui posent surtout souci. La fin de l’histoire n’est guère passionnante et bien trop décousue. Dommage. L’intention de départ était bonne. Enfin, l’hommage est là. A noter qu’une édition luxe grand format noir et blanc des deux aventures de Marc Jaguar est disponible chez Khani éditions.

Plus d’infos sur le site de l’éditeur : www.dupuis.com

 

 

 

Publicités

HERGE, ETERNEL SUJET D’ETUDES

Actualité éditoriale toujours aussi soutenue autour d’Hergé avec plusieurs nouvelles publications automnales consacrées à son œuvre :

Couverture Nattiez Femmes Tintin

On relèvera tout d’abord la publication récente d’un nouvel ouvrage de Renaud Nattiez intitulé Les femmes dans le monde de Tintin aux éditions Sepia. Ce court essai se penche sur la présumée misogynie du monde de Tintin. On notera qu’outre la couverture de l’ouvrage, le dessinateur Stanislas nous propose ici encore de superbes illustrations autour de l’univers hergéen, toutes marquées par de nombreux traits d’humour !

Stanislas Haddock Castafiore.jpgPlus d’infos sur le site de l’éditeur : www.editions-sepia.com

Hergé couv feuilleton intégral 8.jpg

On notera ensuite la parution annoncée pour le 7 novembre du volume 8 du Feuilleton intégral chez Casterman-Moulinsart, collection permettant de redécouvrir les histoires créées par Hergé telles qu’elles furent publiées pour la première fois. Ce volume 8, de près de 500 pages, couvre la période 1938-1940 et reprend notamment la version « Petit Vingtième » du Sceptre d’Ottokar, le début de Jo et Zette au pays du Maharadjah version « Cœurs Vaillants » et des exploits de Quick et Flupke. Comme pour les autres ouvrages de cette collection, il comprend de nombreux documents inédits et, dans sa partie finale, trois postfaces signées Benoît Peeters, Philippe Mellot et Jean-Marie Embs, ce dernier décédé en avril dernier, voyant ici sa dernière contribution publiée.

Quelques extraits ci-dessous (copyright Hergé, Moulinsart, Casterman 2018) :

Feuilleton 8 extrait 1.jpg

Feuilleton 8 extrait 3.jpgPlus d’infos sur le site : www.casterman.com

TRIBULATIONS_couverture_CP.jpg

On signalera enfin la parution annoncée pour 28 novembre des Tribulations de Tintin au Congo toujours chez Casterman-Moulinsart, une analyse par Philippe Goddin d’une version inédite en album de la deuxième aventure de Tintin composée par Hergé en 1940 pour le quotidien belge néerlandophone Het Laatste Nieuws.

Quelques extraits ci-dessous (copyright Hergé, Moulinsart, Casterman 2018) :

Tribulations extrait 1.jpg

Tribulations extrait 2.jpg

Plus d’infos sur les sites des co-éditeurs : www.casterman.com et www.tintin.com .

REGRIC, UN HERITIER DE BOB DE MOOR

Sanctuaire Titans couv.jpg

Si vous souhaitez retrouver le charme abracadabrantesque des albums de Barelli ou d’Oncle Zigomar signés Bob de Moor , précipitez vous sur Le Sanctuaire des Titans, premier volume de la série Le Musée de l’Etrange, une bande dessinée  écrite et dessinée par Frédéric Legrain alias Regric et publiée aux éditions du Long Bec.

En effet, après son one-shot Eté indien pour la Mini, publié en 2011 chez Paquet, l’auteur y témoigne encore clairement – c’est le cas de le dire ! – de son admiration sans borne pour celui qui fut le plus proche collaborateur d’Hergé.

Regric Planche.jpg

D’une part, le dessin proposé par Regric s’inscrit résolument dans le sillage de la ligne claire de Bob de Moor qui, tout en étant bien évidemment influencée par celle d’Hergé, ne saurait lui être totalement comparée.

D’autre part, la construction de son récit et sa tonalité générale rejoignent l’esprit toujours un peu foutraque, souvent absurde et très flamand des aventures de Barelli ou d’Oncle Zigomar, finalement plus proches du Bob et Bobette du studio Vandersteen que de Tintin.

Regric Planche 2.jpg

Tout comme Bob de Moor, Regric adopte des styles différents suivant les albums et notamment un dessin beaucoup plus réaliste pour les reprises de Lefranc chez Casterman. De notre point de vue, il se montre beaucoup plus à l’aise avec le style « ligne claire rétro » développé ici. Espérons qu’il creuse encore ce sillon dans une nouvelle aventure du Musée de l’Etrange !

Plus d’infos sur :

Illustrations copyright Regric & Editions du Long Bec

REVIVAL POUR M. POCHE

Couverture M. POCHE

La nouvelle maison d’édition Revival animée par Vincent Bernière, repreneur des Cahiers de la BD, s’est fixée pour objectif de promouvoir de nouveaux talents mais aussi, comme son nom l’indique, de faire (re)découvrir des œuvres du patrimoine de la bande dessinée plus ou moins tombées dans l’oubli.

Alain Saint-Ogan, l’un des pionniers français de la ligne claire, est le premier à bénéficier d’une réédition sous la bannière Revival avec la publication d’un gros recueil des gags de M. Poche, personnage créé en 1934, qui n’avait pas fait l’objet d’albums depuis l’avant-guerre.

Réédition n’est pas forcément le terme à privilégier  dans la mesure où 37 gags demeurés inédits en albums sont pour la première fois édités.

Après une préface signée Julien Baudry permettant de remettre M. Poche dans son contexte historique et éditorial mais aussi dans  le parcours artistique de son créateur, largement plus connu pour ses personnages de Zig et Puce (et Alfred), le lecteur pourra au total découvrir 157 gags en une planche de cet étrange héros.

Même si l’humour déployé par Saint-Ogan est parfois un peu daté, on prend un réel plaisir à suivre M. Poche dans ses mésaventures de bourgeois tout à la fois suffisant, maladroit, casse-pieds, pingre, arrogant… qu’il soit seul ou accompagné du kangourou Salsifi et des jeunes enfants Ratafia et Kiti.

Par son côté gaffeur, on peut voir dans M. Poche une préfiguration du Gaston de Franquin. Par sa suffisance affichée, son côté enquiquineur et pique-assiette, sa double personnalité de fanfaron et de poltron, on aussi y trouver un avant-goût du Séraphin Lampion de Hergé. Par sa propension à d’interminables monologues et surtout par son apparence rondouillarde, on ne peut manquer de faire le rapprochement avec l’Achille Talon de Greg, ce que ce dernier, ami de Saint-Ogan, reconnaît d’ailleurs bien volontiers dans un texte utilement publié en postface.

Plus près de nous, on peut y voir un modèle du Blotch de Blutch ou du Wimbledon Green de Seth. L’auteur canadien revendique d’ailleurs ouvertement l’influence de Saint-Ogan sur son approche de la bande dessinée en faisant ouvertement mention de M. Poche dans son petit livre Forty cartoon books of interest publié aux éditions Buenaventura Press et dont nous publions l’extrait ci-dessous.

Seth forty cartoon books of interest

Seth Monsieur Poche

Saluons les éditions Revival pour cette excellente initiative éditoriale. En espérant que bien d’autres héros du passé de la bande dessinée puissent prochainement revivre de la même façon et découvrir de nouveaux lecteurs.

Plus d’infos sur la page Facebook de Revival.

UN FILM DOCUMENTAIRE SUR CHALAND

Enigme Chaland

Plus de vingt après sa disparition, signe de l’impact encore très fort de ses créations, Yves Chaland est le sujet d’un documentaire de 86 minutes.

Il sera présenté en avant-première, en présence de son réalisateur, Avril Tembouret, ce samedi 6 octobre, au Cinéma de Nérac, ville du Lot-et-Garonne où le créateur du Jeune Albert a passé sa jeunesse.

Nous ne manquerons pas de relayer sur ces pages les informations qui nous seront apportées sur sa diffusion dans d’autres cadres, sur des chaines TV ou bien en VOD et DVD.

Pour en savoir plus : Novanima Productions , l’un des coproducteurs du documentaire aux côtés de  Girelle Production et Delastre  avec  la participation financière de TV7 Bordeaux, du CNC, de Ciclic-Région Centre-Val de Loire et de la Région Nouvelle-Aquitaine.

 

CHAMPAKA EXPOSE ROCO VARGAS

Expo Roco Vargas Champaka

En ce mois d’octobre, la galerie bruxelloise Champaka organise une exposition-vente consacrée à Roco Vargas, le célèbre héros créé par Daniel Torres.

L’occasion de redécouvrir l’un des plus brillants dessinateur de l’école dite de Valencia et l’une des séries les plus marquantes du mensuel espagnol Cairo qui connut un grand succès avec sa version francophone publiée dans (A SUIVRE), une série bien vivante puisqu’elle continue à occuper périodiquement son auteur même si elle n’est malheureusement plus traduite en France.

Plus d’infos sur www.galeriechampaka.com

RENE PETILLON ET LA LIGNE CLAIRE

Les disparus d'Apostrophes couv
C’est avec tristesse que nous apprenons le décès de René PETILLON.

Nous n’oublions pas qu’il traversa une période très ligne claire dans son dessin avec l’épatant Les disparus d’Apostrophes ! publié en 1982.

Jack Palmer Planche.jpg

Nous vous recommandons tout particulièrement l’analyse que fait Pierre Huard de ce célèbre album dans son ouvrage La parodie dans la bande dessinée franco-belge : critique ou esthétisme (Presses Universitaires du Québec) :

Extrait en ligne