ENTRETIEN AVEC ROMUALD GLEYSE

Couverture Affaire de Styles

Découvrir et faire connaître de nouveaux talents ligne claire est toujours un réel plaisir. La lecture récente de La mystérieuse affaire de Styles, adaptation en bande dessinée du célèbre roman d’Agatha Christie mise en images par Romuald Gleyse (avec la complicité du scénariste Jean-François Vivier aux éditions Paquet), dessinateur déjà repéré et remarqué pour ses illustrations d’inspiration klare lijn publiées sur sa page Facebook, nous a incité à en savoir plus sur ce créateur. En le remerciant pour sa disponibilité, nous vous proposons l’entretien qu’il a eu l’amabilité de nous accorder. Nous espérons qu’il vous donnera l’envie de suivre son parcours. Il y sera bien évidemment question de cette mystérieuse affaire du style ligne claire. Rien que de très normal si l’on prend en compte les initiales du prénom et du nom de Romuald Gleyse qui le prédisposent à tendre dans cette voie !

Planche Styles 1

La mystérieuse affaire de Styles – Planche d’ouverture 

Klare Lijn International : Pourriez-vous nous éclairer sur votre parcours, votre formation et vos créations en bande dessinée ou illustration jusqu’à ce jour ? 

RG : J’ai étudié 5 ans à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon où j’ai obtenu mon DNSEP. Après quelques travaux d’illustration et de BD dans des fanzines, je me suis éloigné du dessin pendant plusieurs années. J’y suis revenu doucement en travaillant dans les pockets des éditions SEMIC. Puis à partir de 2005, j’ai sérieusement recommencer à travailler dans l’illustration et la BD, dans la perspective de « vivre de mon crayon » et répondre à des commandes, notamment pour Bayard Jeunesse (Images Doc), Petit à Petit, Oskar Jeunesse. La Mystérieuse affaire de Styles est mon premier album.

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La mystérieuse affaire de Styles – Crayonné de planche

KLI : Quelles sont vos principales influences en matière de bande dessinée ? Il nous semble relever celle de Mathieu Bonhomme. Exact ? Vos illustrations sur Facebook semblent aussi marquées par la ligne claire et ses auteurs (Chaland, Schwartz,…). Comment analysez-vous votre trait ? Est-ce que vous avez plusieurs registres graphiques ? Etes-vous encore à la recherche de votre patte ?

RG : J’aime tellement de choses différentes que c’est assez difficile de discerner celles qui m’influencent plus particulièrement. Et je n’arrête pas de tomber sur des dessinateurs, sur le web ou ailleurs, qui m’impressionnent et dont je me dit « j’aimerais dessiner comme ça! ».

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Illustration d’inspiration Ligne Claire (ou Clerc)

J’étais un lecteur compulsif de BD entre 7 et 14 ans. Enfant, j’étais très franco-belge plutôt réaliste. J’ai eu la chance d’avoir accès, grâce à une toute petite bibliothèque associative de village, à tout Dupuis, Lombard, Dargaud, Casterman publié entre les années 1950 et 1980. Une véritable caverne d’Ali Baba. De Jess Long à Marc Dacier en passant par les Timour, Blueberry, Comanche, la Patrouille des Castors, Gil Jourdan, Jerry Spring, Tounga, Archie Cash, Jugurtha, Valérian, Valhardi, Les Tuniques Bleues… J’achetais aussi les Petits Formats avec tous ces fabuleux dessinateurs adeptes du noir et blanc américains, italiens, espagnols… Vers 11/12 ans, j’ai découvert Métal Hurlant (et donc Chaland, Clerc, Ever Meulen, Swarte, Cornillon, etc.), (A Suivre), Circus, Rock&BD, un magazine lyonnais dans lequel dessinait mon oncle Franck Zimmermann mais aussi Cleet Boris et Piccolo par exemple. Et puis, certainement en lien avec mes goûts pour les musiques 40’s, 50’s, 60’s (swing, rockabilly, ska, soul…), j’ai toujours eu un tropisme esthétique « âge d’or », vieilles BD américaines ou franco-belges. Par exemple j’avais commandé plusieurs albums des éditions Michel Deligne qui rééditaient Flash Gordon, Agent secret X 9, Johnny Hazard, Red Ryder, le premier Valhardi ou l’Epervier Bleu…

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Illustration d’inspiration Ligne Claire

Je suis bien sûr un fan absolu de Chaland, de Serge Clerc, de Ted Benoît, parce qu’ils synthétisaient et dépassaient toute cette BD « vintage » en la trempant dans l’esprit punk et new wave de leur époque. Jijé et Giraud. J’adore Milton Caniff et Frank Robbins, mais aussi, plus récemment, Darwyn Cooke (RIP) qui représente un peu pour les comics américains ce que représente Chaland pour la franco-belge. Et dans les auteurs contemporains, vous avez tout à fait raison pour Mathieu Bonhomme. C’est un très grand. Parmi d’autres qui me viennent à l’esprit et que j’aime beaucoup, je citerais Denis Bodard, Dodier, Rebena, Stanislas, Schwartz, Conrad, Michel Constant,… Vraiment, il y en a tant !

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Fausse couverture de Comic Book

Pour ce qui est de mon dessin, disons que je suis parti d’un trait assez réaliste quand j’ai commencé, et que j’essaye depuis quelques années d’aller vers quelque chose de plus stylisé, semi-réaliste, ligne claire qui soit lisible et efficace. Mais en effet, je cherche encore !

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Illustration 

KLI : Comment vous êtes vous retrouvé à dessiner cette adaptation d’Agatha Christie ?

RG : C’est un hasard. Jean-François Vivier, le scénariste, m’a contacté par internet et m’a proposé un projet de fiction historique en deux albums pour commencer. On a réalisé un épisode pilote et le synopsis en entier. C’est avec ça qu’on a démarché les éditeurs. Paquet s’est montré intéressé mais nous a d’abord demandés si nous étions d’accord pour une adaptation du premier roman dans lequel apparaît Hercule Poirot. Et c’était parti.

KLI : Est-ce que vous aviez un cahier des charges, un scénario ficelé à respecter, des délais pour la réalisation de l’album ? Est-ce que vous avez pu apporter votre grain de sel ? Peut-on considérer cette bande dessinée comme un travail de commande ?

RG : Tout s’est fait de manière assez naturelle et Paquet nous a laissé très libres. Il a par contre fallu faire valider les personnages et nos premières planches par les ayant droits britanniques d’Agatha Christie. Apparemment, ça a plu. Il n’y a pas eu de modifications à apporter. C’était évidemment plus compliqué pour Jean-François Vivier puisqu’il lui fallait à la fois coller très fidèlement au déroulé de l’intrigue, avec tous les détails, les indices plus ou moins cachés dans ce genre littéraire, et synthétiser tout ça sur 62 planches. Il s’en est très bien tiré !

Planche Styles 2

La mystérieuse affaire de Styles – Planche 2

A partir du feu vert, les délais étaient assez tendus mais on les a respectés. L’album a été réalisé en 9 mois. Il devait ensuite sortir le 15 juin mais a été retardé par la Covid.

On peut dire que c’est un travail de commande mais nous sommes très heureux que Paquet nous ait fait confiance pour ce projet. Tous les albums de la collection sont assez différents dans leur approche graphique et nous avons pu, comme les autres, apporter notre sensibilité.

KLI : Quelle a été votre méthode de travail ? Est-ce que vous avez lu ou relu le roman ? Est-ce que vous avez visionné un ou plusieurs téléfilms inspirés du roman ? Quelle était votre souci de documentation pour les décors, costumes… ? 

RG : Une méthode classique j’imagine. J’ai d’abord lu le roman et le scénario que Jean-François en avait tiré. J’ai fait la recherche des personnages principaux. Pour les costumes et les décors, je me suis servi en partie de la documentation du projet personnel que nous avions monté avec Jean-François puisqu’il se passait sensiblement à la même époque. Pour ce qui est des adaptations télés, j’avais un souvenir de celles avec l’acteur David Suchet (qui m’a un peu servi de modèle pour mon personnage principal). Mais je ne m’en suis pas tellement servi pour les décors ou autres. Je n’arrive pas vraiment à travailler avec les cadrages cinéma, la lumière… ni même souvent avec ceux des photos. Il faut toujours que je les adapte, les simplifie. C’est souvent plus confortable pour moi de travailler avec des éléments isolés que je recompose. Seule la façade de Styles Court, le cottage, s’inspire dans ses grandes lignes de celle de la série.

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La mystérieuse affaire de Styles – Planche 3

KLI : Au final, quel regard portez-vous sur cette bande dessinée ?

RG : C’est un premier album pour moi, c’est donc difficile d’avoir un regard un peu objectif. Je suis vraiment très heureux de l’ensemble. Les couleurs de Patrick Larme, essentiellement en aplats, fonctionnent très bien. C’est un bel objet dans une belle collection à offrir aux amateurs d’Agatha Christie mais aussi à ceux qui pourraient découvrir la romancière par le biais de la BD.

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Illustration

KLI : Quels sont vos envies, vos projets en cours ? En solo ou avec un scénariste ? 

RG : Avec Jean-François Vivier nous sommes en ce moment sur la réalisation d’un album pour les éditions du Rocher. J’y reviens à un style un peu plus réaliste qui colle avec ce genre d’univers. On espère aussi pouvoir aller au bout du premier projet que nous avions commencé à proposer aux éditeurs. Et je suis toujours en train de réfléchir (tout en espérant qu’il me tombera du ciel) à un projet qui me permettrait de me rapprocher encore de l’idée que je me fais de la ligne claire. Disons, plus dans l’esprit des illustrations que je publie de temps en temps sur ma page virtuelle.

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Illustration

KLI : Par rapport justement à ces illustrations très ligne claire publiées sur facebook, est-ce que que vous avez été plus loin dans ce style graphique avec une ou plusieurs planches de bande dessinée ? Si oui, pourriez-vous nous en faire découvrir un aperçu ? 

RG : Oui. J’ai par exemple réalisé un début de récit qui « parodie » l’univers des comics série B américains des années 40 : des ptérodactyles, des amazones, des voitures volantes et du western swing ! Voir ci-dessous.

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KLI : Est-ce que certains de ces projets ligne claire ont été présentés à des éditeurs ?

RG : Oui. Ils font partie des travaux que je montre quand je les démarche. Mais en l’état ce sont plus des exercices graphiques pour décrire l’esprit dans lequel je peux travailler que de vraies histoires.

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Illustration

KLI : Est-ce que vous seriez à la recherche d’un scénariste pour vous lancer dans un projet résolument ligne claire ?

RG : Bien sûr. Quoi de mieux que d’entrer en contact avec des auteurs avec qui on partage les mêmes univers esthétiques et les mêmes références !

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Illustration

KLI : Un grand merci Romuald !

Pour en savoir plus :

Illustrations coypright Romuald Gleyse (& Paquet pour La mystérieuse affaire de Styles)

DEFERLANTE LIGNE CLAIRE DE FIN D’ETE

Cette fin août 2020, joie et bonheur, les librairies accueillent de nouvelles parutions de dessinateurs ligne claire que nous apprécions particulièrement.

Petit inventaire qui ne prétend pas à l’exhaustivité :

GENTLEMIND TOME 1

(Dargaud)

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La maestria graphique d’Antonio LAPONE au service d’un récit d’inspiration Mad Men coécrit par Juan DIAZ CANALES et Teresa VALERO.

Une plongée dans la presse magazine américaine et le New York des années 1930-1940.

Quelques planches ici :

https://www.dargaud.com/bd/gentlemind/gentlemind-tome-1-gentlemind-tome-1-bda5152960

LA DERNIERE ROSE DE L’ETE

(Sarbacane)

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Après l’excellent L’Aimant, Lucas HARARI nous propose un polar balnéaire stylisé d’une remarquable efficacité.

Quelques planches ici :

https://editions-sarbacane.com/bd/la-derniere-rose-de-l-ete

LES ETRANGES ENQUETES DU MAJOR BURNS

(Fluide Glacial)

Majotr Burns Couv

L’humour noir voire cruel et le dessin de DEVIG au service de décapantes aventures So British.

Comme quoi la ligne claire et l’esprit Fluide Glacial peuvent faire bon ménage !

Quelques planches ici :

https://www.izneo.com/fr/bd/humour/les-etranges-enquetes-du-majors-burns-33682

ECLATS – CICATRICES

(Champaka Dupuis)

Couv Eclats + Cicatrices

Deux romans graphiques de Erik DE GRAAF nous proposent de partager le destin de jeunes néerlandais pendant la seconde guerre mondiale.

Un trait épuré au service d’un récit émouvant et intense.

Quelques planches ici :

https://www.dupuis.com/seriebd/eclats-cicatrices/16262

 

FLOC’H & RIVIERE, UNE AMITIE SINGULIERE

Floc'h Rivière -couv

A l’occasion de la parution chez Dargaud d’une intégrale au format roman graphique de l’ensemble des récits liés à Francis Albany, Olivia Sturgess et au Blitz par Floc’h et Rivière, nous vous proposons de redécouvrir, ci-dessous, deux entretiens avec ces auteurs que nous avions publiés sur l’ancienne version de notre site.

L’occasion de célébrer les créations communes de deux amis de trente ans.

DECEMBRE 2009 :

ENTRETIEN AVEC FLOC’H ou THE ULTIMATE INTERVIEW

A l’occasion de la parution de Black Out, dernier volet de la trilogie du Blitz chez Dargaud, Floc’h m’a fait l’immense plaisir de m’accorder de son temps pour un entretien consacré non seulement à ce dernier ouvrage, régal d’understatement plein d’humour, de clins d’oeil et de mises en abyme mais aussi à l’ensemble de son parcours créatif.

Pour l’amateur de ligne claire, interviewer Floc’h, c’est comme pour un alpiniste, s’attaquer à un haut sommet. L’homme et l’oeuvre ont de quoi imposer le respect. En effet, avec ou sans ses complices préférés, Rivière ou Fromental, Floc’h a créé des oeuvres majeures de la bande dessinée au premier rang desquelles, Le Rendez-vous de Sevenoaks, l’une des pierres angulaires du renouveau de la ligne claire dans la deuxième moitié des années 1970, un modèle de narration renouvelée et d’inventivité dans la continuité du style hergéen. Suivront d’autres albums essentiels comme A la Recherche de Sir Malcolm, Blitz, Jamais deux sans trois

Plus encore qu’aucun autre artiste, Floc’h s’est toujours refusé à suivre les codes de la bande dessinée et à s’y laisser enfermé. Au contraire, il s’est employé avec talent à faire sortir son dessin ligne claire des limites imposées par les cases et les planches pour investir les univers parallèles de l’illustration au travers de portfolios mémorables, de couvertures de livres, de magazines, d’affiches de films mais aussi du portrait et de la peinture.

Floc’h a a eu une grande importance sur mon parcours personnel. En découvrant ses travaux, au début des années 1980, l’adolescent que j’étais a pris la mesure de l’étendue des possibilités ouvertes par la bande dessinée, l’illustration et l’Art en général. Floc’h est l’artiste qui a enraciné en moi la ligne claire. Il m’a donné le goût du beau dessin et du juste trait. Plus encore, Floc’h m’a ouvert à d’autres formes artistiques. Ses ouvrages comme Life ou High Life m’ont permis d’entrer en contact avec des artistes que je ne connaissais pas ou peu et de me cultiver avec plaisir.

Autant dire que c’est plus qu’intimidé que je me suis mis en rapport avec l’artiste. Floc’h a eu vite fait de me mettre en confiance par sa gentillesse, son esprit pétillant et son sens de l’humour. De fil en aiguille, notre échange initialement consacré à Black Out s’est enrichi de questions sur son approche de la bande dessinée, son parcours d’artiste, ses inclinations anglophiles… et bien d’autres sujets.

Je vous laisse découvrir cette interview que l’artiste considère comme son « ultimate one ».

Klare Lijn International : Vous nous revenez avec Black Out, le dernier volet du Blitz cosigné avec François Rivière. Comment s’est déroulée cette nouvelle collaboration ?

Floc’h : Le milieu étriqué de la bande dessinée ne peut pas se faire à une autre idée que celle de : scénariste Rivière et dessinateur Floc’h. Bien qu’il soit mentionné dans nos livres en page de titre que le scénario est de Floc’h et Rivière, les gens n’y entendent toujours rien et ne comprennent pas que nous sommes les deux auteurs de nos bandes dessinées. Je revendique ce statut d’auteur même si je n’ai en aucun cas la prétention d’être une plume. Quelque chose qu’est éminemment Rivière. Et comment pourrait-il en être autrement car le dessin n’est pas une chose suffisante pour moi. Je ne suis pas de ces auteurs qui alignent sans fin des vignettes. Je deviendrais idiot en travaillant comme cela. Je ne me considère d’ailleurs pas comme un dessinateur. Je dessine facilement mais franchement ce n’est pas un but dans la vie. C’est un but quand vous créez une couverture du New Yorker qui à elle seule est une histoire. C’est la même chose pour une illustration, pour une sérigraphie ou un portfolio. Là on peut vraiment dire que vous êtes un auteur en dessin. Vous savez, pour écrire un scénario et des dialogues, il n’y a pas besoin d’être une plume. A chacune de nos séances de travail, nous entremêlons nos idées et nos mots de telle façon qu’il est difficile, voir impossible, de savoir qui a écrit quoi. C’est comme un jeu de ping-pong verbal, chacun renvoyant une idée, une réplique à celles de l’autre. Dans cet album, après avoir eu l’idée d’écrire des Nouvelles signées Olivia Sturgess et choisi avec François leurs thèmes, celui-ci a pu exercer son talent d’écrivain au même titre que dans A la recherche de Sir Malcolm je m’offrais plusieurs pleines pages de dessins.

KLI : De toutes vos bandes dessinées, quelle est celle qui porte le plus votre style d’auteur ?

F : C’est indéniablement dans Olivia Sturgess (1914-2004) que vous me trouverez le plus. J’ai mis beaucoup de mon questionnement personnel dans cette bande dessinée. Est-ce qu’un artiste, habité par le besoin de créer pour transcender sa vie, doit consacrer son existence à son art ou l’art n’est-il qu’un épiphénomène de la vie ? Je laisse à Olivia le soin de donner ma réponse à cette question et c’est la vie qu’elle choisit. Elle abandonne au détour des années soixante cette quasi-ordination dévorante (à la Virginia Woolf) pour une vie heureuse, simple et bonne pour la santé ! De plus, le rythme de narration non dramatique, non bande-dessinée, presque clinique, c’est ce que j’aime. Je suis un formaliste quasi-dogmatique. J’ai besoin d’un schéma presque géométrique (carré, rond, symétrie, assymétrie, etc) que vous trouvez aussi dans Underground. C’est le choix d’un peintre. D’ailleurs Burroughs expliquait que son fameux cut-up du Festin nu était l’idée de son ami peintre Gysin. Si je n’ai pas une forme narrative audacieuse, je m’ennuie. Et pourtant, j’aime l’émotion, la psychologie, mais pas frontalement.

KLI : Qu’est-ce qui a fait que vous suiviez la voie de la ligne claire ?

F : Je n’ai suivi cette voie que parce que c’est naturellement la mienne. Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs, l’homme fait le style et il y a adéquation entre son caractère et son style graphique. Mais revenons en 1974. Hergé n’est plus du tout considéré. Il est même vilipendé. Qui est sur le devant de la scène ? Des types de quarante ans passés qui font des bandes dessinées d’ado pré-pubères dans l’Echo des Savanes ou d’un surréalisme gnangnan comme le Concombre Masqué. Alors, il n’était question pour moi d’entrer en bande dessinée qu’à la seule condition de la faire avec le panache d’une idée et d’une forme inédites. Et si, au passage, je pouvais réhabiliter si ce n’est Hergé, au moins sa  » ligne claire « …

KLI : Plus de trente ans après, qu’est-ce qui vous pousse encore à créer en bande dessinée ?

F : Rien d’autre que le devoir d’en terminer avec le projet initial et de faire en sorte que l’ensemble réalisé – Une trilogie anglaise, une trilogie du Blitz, et en axe central Olivia Sturgess (1914-2004) – soit concis et cohérent et se tienne debout seul, sans aide, sans suite.

KLI : Rien ne vous impose donc de faire de la bande dessinée ?

F : Non, je n’ai pas besoin d’elle pour vivre. Au contraire, financièrement c’est quand j’en fais que mon train de vie s’en ressent ! Cela m’est totalement égal que je vende beaucoup ou peu et cela me permet d’imposer ma loi (entre guillemets parce que tout cela se passe de façon charmante ) à l’éditeur d’abord et aux lecteurs ensuite. J’ai bien conscience que le fait d’insérer des Nouvelles dans Black Out peut être contraire à leurs goûts et les effaroucher. Je fais ce que j’ai à faire. Pour moi, il y a autant de plaisir à lire du texte, si ce n’est plus, à partir du moment où il y a du sens (il est dit dans le précédent livre qu’Olivia a publié des nouvelles dans un magazine donc elles ne peuvent être qu’écrites). Je dis toujours que la vision de l’artiste est souveraine !

K : On peut donc dire que vous aimez perturber les mauvaises habitudes et les oeillères du lecteur de bandes dessinées ?

F : Oui. Mais qu’on me rende justice car je ne fais pas que cela. D’un certain côté, je suis plutôt sympathique avec le lecteur : je lui propose un dessin accessible, une histoire dans l’histoire très lisible.

K : En tant qu’auteur, les idées de récits vous viennent facilement ?

F : Ce n’est pas difficile quand vous connaissez votre champ d’action et les contours de votre utopie. J’ai par exemple eu l’idée d’écrire un livre sur notre butler Wang. J’en ai parlé à Rivière et nous nous sommes beaucoup amusés à imaginer ce que nous pourrions en faire. Mais le plaisir de nous raconter une histoire peut être suffisant et ne pas déboucher sur un livre car encore une fois je n’aime pas aligner les cases. Il faut vraiment que ce soit une nécessité supérieure pour que je m’y mette véritablement. Pour tout vous dire, j’ai des idées de livres qui constitueraient les éléments de mon Magnum Opus que vous ne verrez peut-être jamais parce que cela serait un mélange de tout ce que j’aime et que cette forme là n’intéresserait personne. L’édition d’aujourd’hui contrairement à celle d’autrefois n’ose plus grand-chose de novateur. L’éditeur Fisher répondait à Robbe-Grillet qui l’interrogeait sur ce qu’est un éditeur  » c’est quelqu’un qui essaye de vendre des livres à des gens qui n’en veulent pas « . Aujourd’hui, nous n’en sommes plus du tout là. Chez Robert Laffont, par exemple, ils ne savent pas bien comment vendre mon livre Une vie de rêve ou notre livre Les chroniques d’Oliver Alban. Alors quelque chose de plus audacieux … !

K : Au départ, si je me souviens bien, les récits annoncés en 4ème de couverture d’Underground devaient tous faire l’objet d’un ouvrage indépendant. Qu’est-ce qui vous a conduit à les compiler dans Black Out ?

F : C’est que ma vérité de cette époque n’est pas celle d’aujourd’hui. J’avais eu l’idée de cette annonce en créant la 4ème de couverture d’Underground pour fidéliser nos lecteurs sachant que je travaillais lentement ou, plutôt, sporadiquement (on m’a fait remarquer, détail amusant, qu’il y avait treize ans pile entre chaque volume du Blitz). J’avais cherché des mots qui fonctionnaient à la fois en anglais et en français. Il y a en avait peu qui sonnaient bien dans les deux langues. Et une fois trouvés, pratiquement immédiatement une idée d’histoire venait à mon esprit. Pour moi, que ce soit raconté en trois pages ou en quarante, c’est pareil. C’est même mieux en trois pages, car plus c’est concis mieux c’est, moins cela pèse lourd et c’est aussi beaucoup moins de travail pour le même résultat puisque j’ai honoré l’annonce faite aux lecteurs des quatre histoires Black out, Backstage, Fairplay et Eden.

KLI : Ce qui frappe dans Black Out, c’est l’importance du mouvement alors que vous êtes généralement associé à une représentation statique de vos personnages. Pourquoi ce choix ?

F : Mais je déteste toujours autant le mouvement ! Je me suis amusé à en faire pour m’embêter (voyez que je n’asticote pas que le lecteur), pour montrer que mon dogme premier, qui était de fuir l’aventure habituelle au genre et montrer que l’on pouvait faire de la bande dessinée autour d’une tasse de thé, pouvait s’amuser à accueillir le sujet de son ressentiment.  » Le dandy se joue de la règle mais la respecte encore  » disait Barbey d’Aurevilly. Ce que j’aimais chez Hergé et Jacobs ce n’était pas l’aventure, c’était l’intimisme – voir le fétichisme – celui de La Marque jaune et celui des Bijoux de la Castafiore, mon album préféré quand j’étais enfant. Les deux livres sont ce qui se rapproche le plus d’un huis clos en bande dessinée.

K : Et vous brisez donc le dogme dans Black Out

F : C’était dans mon cahier des charges. M’amuser à m’imposer l’idée d’une course-poursuite dans Londres avec l’obligation de faire des suspenses en bas de page, chose que j’essaie d’éliminer depuis trente ans pour ralentir le rythme cardiaque, freiner le temps ! Je voulais retrouver la simplicité de Blitz, une délicieuse fraîcheur comme celle de la période anglaise d’Alfred Hitchcock qui vieillit bien mieux finalement que ses grosses machines hollywoodiennes, même les meilleures. Forcément le livre n’est pas fait que de cela et les actes et réflexions des personnages de Black Out (ou Underground) ne sont pas nos pensées à Rivière et moi. Il y a de la distance, de l’ironie à jouer de cette simplicité. We are much more perverted ! Car, à y réfléchir, je ne dessinais pas le mouvement de façon frontale puisque c’est Craigie qui dessinait à ma place ! La nécessité est grande pour moi d’être à l’extérieur de la réalité. Déjà dans Ma vie, il y a près de trente ans, j’écrivais  » tant qu’il y aura une cigarette et un verre d’alcool entre moi et la vie, tout ira bien  » !

K : Peut-on dire que l’histoire n’est finalement qu’un prétexte pour décrire une course-poursuite ?

F : Oui. Le but était aussi de retrouver une sensation forte que la lecture de La Marque jaune par exemple provoquait, celle-là même qui nous avait poussés, plus jeunes, Rivière et moi, à nos premiers voyages à Londres à rechercher la maison de Septimus à Tavistosk Square. Voilà pourquoi j’ai créé des pages de garde qui décrivent sur un plan de Londres le trajet accompli par mon héros avec l’espoir que des lecteurs auraient envie de le parcourir. Mais je crains que notre naïveté enthousiaste du début des années soixante-dix ne soit plus de ce monde.

K : Pour restituer le Londres du Blitz, vous appuyez-vous sur de la documentation ou bien sur votre vision de l’époque ?

F : Je dirais qu’il y a un peu des deux. J’ai certainement l’une des plus belles bibliothèques sur le Blitz qu’un particulier, francophone de surcroit, possède, des livres achetés en Angleterre pour mon plaisir. Mais c’est finalement très digéré. On me dit que je suis d’une grande précision pour rendre l’Angleterre. Mézières m’avait dit cela. S’il y regardait de près, il verrait que ce n’est pas le cas. C’est seulement l’idée de l’Angleterre, presque une illusion. D’ailleurs, j’ai toujours aimé cette formule entendue un jour selon laquelle  » le jardin anglais, c’est l’illusion de la nature sauvage « . Voilà où je me place exactement.

K : Une Angleterre quelque part idéalisée, votre Angleterre ?

F : Oui, quelque chose qui tient du faux. Comme le jardin anglais justement qui n’est pas la nature sauvage. Je n’aime pas le naturel. J’aime la culture, qui est le contraire de la nature. Mais je ne veux pas pour autant être un intellectuel. J’aime la Grande Bretagne parce que c’est un pays où l’idéologie n’a pas de prise (le fascisme de Lord Mosley pendant la Deuxième Guerre mondiale n’attira pas plus de mille personnes). Un Anglais disait  » il y a autant d’imbéciles en Angleterre qu’en France mais ce ne sont pas des imbéciles raisonneurs « . Londres, c’est un vrai décor de théâtre. Les maisons sont colorées (blanc, noir, rose, bleu pale). Il y a beaucoup d’éléments du quotidien qui sont très graphiques comme les taxis noirs, les bus rouges, les cabines téléphoniques… L’Anglais sait créer des repères graphiques forts. Et puis ils ont inventé les maisons de poupée qui sont déjà une mise en abyme. On me dit  » votre Angleterre n’existe plus « . Je réponds  » ce qu’il en reste me va très bien et de toute façon, elle vit en moi « . Je n’ai pas besoin de plus que cela. On me demande aussi pourquoi je ne vis pas à Londres, moi qui critique beaucoup Paris et les Français. Je réponds  » parce qu’on ne mange pas du caviar tous les jours « . Il est certain qu’on me gâche mon Londres en le faisant ressembler petit à petit à toutes les villes du monde avec ces magasins crétins mondialistes…

K : En observant le cycliste de la couverture de Black Out, j’ai eu comme une impression de déjà-vu. En y regardant de plus près, je l’ai retrouvé dans la préface de la réédition de Blitz. Qu’est-ce qui vous pousse à revisiter ainsi vos propres images ?

F : Vous avez raison, je passe mon temps à cela. On a toujours envie de parfaire. Mais ce n’est pas que cela. Je suis l’anti-Tardi qui aligne cinquante mille cases différentes de Paris. Laissez-moi vous donner un exemple. Quand j’ai dessiné les affiches et les dessins de Smoking et No smoking de Resnais, il y avait des mouettes à représenter. J’ai donc créé un vol de mouettes (ce que de manière amusante on traduit en anglais par  » flock of seagulls « ) dans un rythme que je trouve idéal. Que ce soit pour le New Yorker ou pour n’importe quelle autre création, jusqu’à la fin de mes jours, je ne ferai pas un groupe de mouettes en train de voler autre que le mien puisque justement je l’ai fait de façon quintessentielle.

K : Cette recherche de la quintessence semble marquer toute votre oeuvre.

F : J’espère. Autre exemple. Si vous considérez de plus près mes portraits pour Les chroniques d’Oliver Alban ou pour les donateurs du Musée des Arts déco, vous verrez que c’est une représentation graphique qui se rapproche du pictogramme mais qui n’abandonne pas la psychologie et qui évoque pleinement l’époque et le style de chacun par le seul ajout d’une cravate, d’un noeud, ou d’un col.

K : En revisitant une image, est-ce qu’on peut dire aussi que vous recherchez l’économie de moyen pour atteindre le maximum d’effet ? Finalement vos portraits ne sont pas si éloignés de ceux d’un Julian Opie ?

F : Oui, je cherche la concision. Même ma flemme naturelle me ramène à cette concision donc à la modernité. Mais je n’aime pas le travail de Julian Opie car il est trop pictogrammique et pas assez psychologique.

K : Vous n’êtes pas du genre à vous promener avec un carnet de croquis pour croquer votre quotidien ?

F : Not at all ! Surtout pas ! J’ai fait cela quand j’étais jeune. J’ai d’ailleurs retrouvé récemment des croquis réalisés lors de notre voyage, François Rivière et moi, à Bruxelles, voir Hergé, en 1975. Dieu merci, je ne fais plus cela. Si la chose est dessinée dans mon cerveau, tout va bien. Vous savez, le dessin, pour moi, c’est une sorte d’art martial comme le kyudo qui consiste à envoyer la flèche au milieu de la cible par la force de l’esprit plus que par la force physique. Je ne suis pas un ouvrier manuel !

K : J’observe qu’il y a aussi de l’humour dans Black Out. D’ailleurs, si je peux me permettre, je trouve que vous ne développez peut-être pas assez la fibre humoristique qui est en vous.

F : Je suis bien d’accord avec vous. Vous savez, au début, quand nous avons fait Sevenoaks, nous avons été catalogués comme des cérébraux, Rivière et moi. Lorsque nous avons commencé Blitz, j’ai dit à Rivière  » arrêtons d’être sérieux, écrivons les conneries qu’on se dit entre nous ! « . Je repense à une particulièrement réussie :  » encore un tasse de thé que les allemands n’auront pas ! « .

K : On sent l’influence de Wodehouse dans votre approche de l’humour.

F : Wodehouse, c’est délicieux. Cela vous met dans un joli état d’esprit. Comme Noël Coward qui disait  » life is a matter of lighting « , la vie est une affaire d’éclairage. Et Wodehouse vous donne le bon éclairage. C’est ce que j’essaye de faire. Surtout ne pas être sérieux. Etre aussi léger que possible même quand j’évoque des événements difficiles de ma vie privée dans Une vie de rêve.

K : Est-ce qu’on peut dire que vous êtes un nostalgique ?

F : Précisons les choses. Je pense être un classique mais aussi un moderne. Il y a de la nostalgie dans ce que je fais mais pour moi, la seule modernité, c’est l’esprit,  » the wit  » en anglais. Rien au monde pour moi n’est plus moderne que la vivacité de l’esprit. En tout cas ni la science-fiction ni quelque actualité fraiche.

K : Est-il concevable que vous puissiez créer un jour dans l’univers contemporain ?

F : Non. Cela ne m’intéresse pas.

K : Pourquoi ? Parce que le monde actuel ne correspond pas à vos critères esthétiques. Parce que vous le trouvez laid ?

F : Exactement. Je ne supporte pas ce manque de goût moderne, dans le sens de manque de discernement. L’Anglais – excusez moi mais je suis de ceux qui pensent que sans la Grande-Bretagne la vie ne vaudrait pas la peine – ne met une veste en tweed épais qu’à la chasse pour couper le vent et il adapte ses vêtements et ses habitudes pour contrer la nature. Alors, notre époque avec ses baskets et ses 4×4 à la ville et autres incohérences…. !

K : Il y a dans Black Out un hommage à Hergé et Jacobs à travers la reprise partielle d’une planche qu’ils avaient dessinée ensemble sous le pseudonyme d’Olav au sortir de la seconde guerre mondiale. Pourquoi ?

F : Pour m’amuser ! Et réveiller une chose endormie : cette première page de rêve d’une histoire qu’on ne lira jamais (l’autre dans la neige du grand nord était mauvaise).

K : Et une démarche comme celle d’Hergé consistant à s’entourer de collaborateurs pour l’assister dans sa création, est-ce qu’elle vous tenterait ? Je pense à Christian Cailleaux qui avait été testé par Dargaud pour reprendre vos personnages ?

F : Non, je tiens trop à ma liberté. Concernant ce dessinateur que je ne connais pas, je trouve qu’il se montre bien présomptueux concernant la reprise d’Albany qu’il a évoqué sur votre site. J’avais juste dit en riant à Dargaud que s’ils voulaient que je fasse plus d’albums, ils n’avaient qu’à me trouver un assistant. Dargaud, m’ayant pris au mot, avait sollicité sans m’en parler ce dessinateur. Il a fait quelques dessins d’Olivia et de Francis. Dargaud me les a mis sous le nez un jour, et je les ai trouvés sans âme et donc sans intérêt. Je leur ai dit d’oublier ma proposition car je savais que je ne pourrais être satisfait par personne.

K : Concernant Jacobs, il a été envisagé que vous puissiez reprendre la série Blake et Mortimer. Pourquoi cela ne s’est pas fait ?

F : Parce que je suis sur terre pour être Floc’h et non Jacobs . Je m’étais amusé à dessiner une planche pour montrer aux éditeurs que j’aurais pu le faire mais leur cahier des charges ne me convenait absolument pas. Aujourd’hui ayant accompli mon oeuvre de Floc’h (!), cela m’amuserait presque de faire du Jacobs qui soit graphiquement très  » jacobsien « . Cela serait un moyen de réhabiliter ces deux personnages d’une classe folle que les dernières reprises ont tendance à caricaturer en pépères ridicules… Mais il faudrait que ce soit mon histoire et certainement pas ces inepties de science-fiction des années 50 écrites après l’an 2000. Je crois qu’on pourrait faire quelque chose de bien. Que sera sera !

K : Quels sont vos rapports avec le monde de la bande dessinée ?

F : Si quelqu’un n’est pas estampillé  » bande dessinée « , c’est bien moi parce que je m’y suis appliqué. Je ne me sens pas affilié à ce monde là. Au contraire, je le critique énormément parce qu’il manque d’envergure et d’audace. Il ne donne pas l’impression de vouloir évoluer. Pourtant, intrinsèquement, ce medium peut être fier de lui car, comme la littérature, il n’impose pas un rythme de lecture contrairement au cinéma qui finit par faire ressembler le spectateur à une vache regardant passer les trains. Mais je n’aime pas son côté puéril. Resnais me racontait qu’à New York, dans les années 60, il avait participé à des soirées avec des artistes du monde littéraire, cinématographique et de la bande dessinée comme Milton Caniff, Alex Raymond… C’était des adultes, c’était des hommes ! Tout le monde était en cravate si tant est que cet élément vestimentaire peut (et pourquoi pas) représenter la maturité. Idem pour Hergé ou Jacobs en Belgique. Le côté gamin de la bande dessinée m’insupporte :  » quelle chance de savoir dessiner et de faire un métier où l’on peut rester en enfance « . C’est tout ce que je déteste, autant que ces adultes qui s’habillent comme des enfants avec un Tshirt, un pantalon au-dessous du genou et des grosses baskets.

K : Enfant, vous n’aviez donc pas une passion dévorante pour la bande dessinée ?

F : Pas du tout. Vous savez, les auteurs qui étaient fous de ce mode graphique en dessinaient quand ils étaient petits. Cela n’a pas été du tout mon cas. Moi, je faisais des illustrations. J’aurais d’ailleurs dû n’être qu’illustrateur, ce que je suis aujourd’hui en grande partie. Si mon frère, enfant, n’avait pas gagné un abonnement d’un an au journal Tintin lors d’un concours du Figaro Plage et si mon père, un homme pourtant très strict, ne l’avait pas renouvelé pour pouvoir connaître la suite des histoires qu’il devait lire en cachette, je n’aurais certainement pas lu de bandes dessinées. La bande dessinée, j’en ai donc fait un peu à mon corps défendant. D’ailleurs Sevenoaks ne devait être qu’un one-shot. Véritablement, ce n’est pas un travail de dessin qui est intéressant pour moi. Vous ne pouvez pas faire de beaux dessins en bande dessinée. Vous accumulez des images. Ou alors il faudrait rester dix ans à votre table à dessin et il n’en est évidemment pas question. Quand vous créez une couverture pour le New Yorker, c’est autre chose. Là, vous faites vraiment l’image que vous voulez.

K : Il y a quand même des auteurs de bande dessinée qui ont développé un travail graphique de qualité. Je pense à quelqu’un comme Chaland qui avait la bande dessinée chevillée au corps et qui déployait quand même un trait d’une vivacité folle dans ses cases.

F : Oui mais qui ne peut pas être ce que j’aime. J’ai besoin de plus de réalisme dans le dessin, de plus de vraisemblance. Je mets à part son chef d’oeuvre Le jeune Albert car il trouva là une parfaite adéquation entre son ironie et son dessin  » comique « .

K : Est-il exact que vous l’avez conseillé sur F52 ?

F : Pas exactement. Il m’a juste appelé un jour pour savoir s’il pouvait m’apporter toutes ses planches pour que je lui dise ce qui n’allait pas. Pour tout vous dire, j’ai du faire deux ou trois corrections dans les premières pages, évidemment pas de dessin, des corrections de sens et de rythme. Mais, j’ai vite arrêté estimant que cela n’avait pas de sens d’interférer dans sa création.

K : Et parmi les créateurs contemporains en bande dessinée, qui retient votre attention ?

F : Je dirais pratiquement aucun car j’en lis très peu. Je ne vais jamais dans les librairies de bande dessinée qui sont des endroits d’une laideur incroyable. Mais j’ai lu un récit en trois épisodes que je trouve absolument réussi, forme et fond, qui s’appelle La guerre d’Alan. Mais je n’ai pas aimé ce que son auteur a fait d’autre et notamment une histoire avec un mélange de dessins et de photographies qui représente la pire des choses qu’on puisse inventer.

K : Vous figurez parmi les rares auteurs qui ont permis à la bande dessinée de sortir de son ghetto en la tirant vers le haut, en l’ouvrant aux autres Arts, en créant des passerelles avec d’autres mediums, en prouvant qu’elle peut rivaliser avec les meilleurs films, romans ou opéras. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

F : Vous comprenez bien que lorsqu’on crée Sevenoaks à 21 ans à peine, on ne mesure absolument pas l’impact que cela pourra avoir sur les autres. On fait les choses avec ambition mais comme on peut les faire. Je n’aime pas le mot artiste mais je sais que je ne suis pas un artisan comme il y en a tant dans la bande dessinée. Je n’ai pas assez de patience et sans doute pas assez de modestie. Et c’est proprement émouvant pour moi et Rivière, d’entendre les témoignages de gens qui nous disent que notre travail a beaucoup compté dans leur existence et qu’ils le mettent à la hauteur de livres ou d’oeuvres d’art de grande réputation.

K : Avec le recul, quel jugement portez vous sur votre parcours de peintre et son apport à votre évolution ?

F : Je crois que j’ai fait un véritable trajet de peintre et pas du tout ce qu’ont fait les quelques auteurs de bande dessinée qui se sont déclarés peintres parce qu’ils ont juste pris de l’huile ou de l’acrylique à la place de la gouache, des toiles à la place du papier, pour faire exactement ce qu’ils font en bande dessinée, démarche qui n’a à mes yeux aucun sens. Je ne dis pas que ce que j’ai fait en peinture avait de l’intérêt pour les autres. Cela avait de l’intérêt pour moi. Je ne pouvais pas me contenter de faire des cases. J’avais besoin de les faire exploser. D’ailleurs, je me demande encore comment des gens aussi intelligents que Jacobs ou Hergé ne sont pas devenus fous à ne faire que cela. J’ai amené mon art en peinture à la forme nue en quittant le figuratif. Et petit à petit, je me suis aperçu que la forme toute seule, c’était illimité, que je n’avais plus d’intérêt à ce jeu-là. De plus, dès qu’on m’a mis dans une sorte de catégorie qu’on pouvait appeler  » géométrie sensible « , je me suis dépêché d’aller ailleurs. Et donc je suis revenu à quelque chose de plus conceptuel et, partant, de plus figuratif. Et j’ai fermé cette parenthèse de douze ans parce que après mon exposition Life, High Life, Life After Life, pour mes 50 ans, qui était pour moi comme un inventaire affectif, le thème de mon exposition suivante était celui d’Une vie de rêve. Mais à ce moment-là, j’ai divorcé et j’ai accéléré ma mue et recollé Floc’h en un seul morceau en transformant une exposition et son catalogue en un livre.

K : Est-ce que l’édition de vos livres vous donne satisfaction ? On vous sent plutôt bibliophile, appréciant le beau livre. Vous n’êtes pas gêné de voir Black Out publié suivant les standards habituels de Dargaud ?

F : J’ai eu cette exigence de qualité pour Olivia Sturgess (1914-2004) parce que j’ai eu l’idée de rajouter à la bande dessinée proprement dite le livre d’une exposition consacrée à Francis et Olivia. Je voulais le livre plus le catalogue à part dans un emboitage. Dargaud m’a répondu positivement tout en éditant une version normale de l’album, ce qui me convenait parfaitement. Pour Black Out, en revanche, je trouve qu’il n’y a pas là matière à un tirage de tête. Autant Olivia Sturgess le méritait, autant cela ne me semble pas pertinent ici. Et puis, il ne faut pas être trop maniériste. Dans les années 1980, on pouvait faire des bouquins très maniéristes mais je trouve que cela a mal vieilli. Il faut être simple. Croyez-moi, si cela a pu me gêner aux entournures d’avoir fait ces livres plats qu’on appelle bande dessinée, aujourd’hui je m’en accommode. Et puis vous aurez noté que je m’applique à retravailler mes livres en changeant leur présentation autant que je retravaille mes images. Si on y réfléchit bien, vous avez La trilogie anglaise en un volume, La trilogie du Blitz qui dans deux ans sera également publiée en intégrale et, en axe central, tel un miroir de sorcière, Olivia Sturgess (1914-2004). Il faudrait mettre les trois volumes dans un coffret et je pourrais prendre ma retraite en bande dessinée ! Ils se débrouilleront très bien seuls.

K : Vous arrivez donc à retomber sur vos pattes en jouant des contraintes éditoriales.

F : Il ne faut pas confondre exigences esthétiques (donc éthiques) et prétention esthétique. L’idéal est un leurre.

K : On peut quand même préférer la première édition de Blitz et considérer que cette bande dessinée ne peut être lue que dans son format carré originel.

F : Si vous saviez combien de fois, pour cette édition, j’ai entendu  » cela dépasse de ma bibliothèque « … Mais vous n’avez pas tort. D’ailleurs, si on est logique, toutes les bandes dessinées devraient être publiées en format à l’italienne.

K : Qu’est-ce que cela vous fait de tourner la page Albany-Sturgess après tant d’années ?

F : Le temps va si vite que j’ai la certitude d’avoir eu raison de tenter de le maîtriser en écrivant peu et concis car il faut laisser beaucoup de place au non-dit et à l’imagination du lecteur. Quand j’ai réalisé Olivia Sturgess (1914-2004), c’était déjà une façon pour moi d’en finir. Mais vous savez ce qu’il advient dans ces moments-là, vous voulez fermer et cela ouvre d’autres portes ! A l’instant où je me disais  » maintenant tout est dit « , j’ai l’idée du catalogue de la collection Albany-Sturgess. Et vous vous dites alors que Olivia, la bande dessinée, était presque inutile et que le catalogue était suffisant. Il dit ce que nous avions envie de dire de façon encore plus énigmatique. On ne peut donc pas affirmer que c’est terminé mais pour l’instant, la bande dessinée m’ennuie et par conséquent je ne pourrais qu’ennuyer les lecteurs. J’ai la satisfaction d’avoir fait ce que j’avais à faire dans ce domaine. J’ai l’âge où l’on est détaché du souci de réussir, de plaire ou de convaincre. J’ai épuisé mes idées d’histoires se terminant par l’évocation d’un médium qui me touche que ce soit le théâtre, le cinéma, le documentaire littéraire, les vieux magazines de bandes dessinées, le journal intime/diary ou même le médium  » médium  » dans Eden. Tout ce que je voulais faire, je l’ai fait. Je me suis bien amusé, au revoir et merci !

K : Vous venez de réaliser pour l’éditeur « Le neuvième monde » un livre intitulé Male Britannia. Pouvez-vous nous le présenter ?

F : C’est un petit ouvrage auquel je tiens beaucoup, une galerie de figures emblématiques de la Grande-Bretagne des années 30. Et je suis en train de faire son équivalent pour les années 60 à paraître en mai 2010. Je ferai un troisième volume traitant d’une autre décade que j’aime dans l’histoire de la Grande-Bretagne et dont je vous garde la surprise. Encore une trilogie !

K : Quels sont vos autres projets ?

F : Avec Rivière on attaque une biographie de Somerset Maugham mais ce sera un graphic novel. Si ce format avait existé dans les années 70, il est bien évident que je n’aurais jamais fait de bande dessinée traditionnelle. Je suis heureux d’explorer une autre forme de narration que la bande dessinée pure et dure. Le livre s’appellera Willie et si tout va bien sortira fin 2010.

K : Qu’est-ce que le jeune Floc’h penserait du Floc’h d’aujourd’hui s’il le rencontrait ?

F : Le jeune Floc’h révait d’une vie libre, tournée vers l’art pour sa vie professionnelle, et pour sa vie privée, d’attendre dans un cadre sophistiqué la grande histoire d’amour dont chacun rève. J’ai cette bonne fortune car le bonheur n’est pas un dû, c’est un accomplissement avec un peu de chance.

JANVIER 2013 :

ENTRETIEN AVEC FRANCOIS RIVIERE

Pour bien débuter l’année 2013, nous avons le plaisir de vous proposer un long entretien avec François RIVIERE, auteur aux talents multiples, à la fois romancier, biographe, journaliste, scénariste de bande dessinée, essayiste, critique littéraire…

Cet échange porte plus particulièrement sur ses rapports avec le neuvième art et ses nombreuses créations dans ce domaine qui sont loin de se limiter à sa longue et fructueuse collaboration avec Floc’h.

Nous tenons à remercier François RIVIERE pour son accueil, sa disponibilité et son amabilité dans le cadre de la préparation de cette interview au long cours.

Klare Lijn International : A quand remonte votre découverte de la bande dessinée ?

François Rivière : J’ai découvert la bande dessinée un peu après les livres et les romans. Même si cela ne remonte pas au déluge, le milieu des années 50 n’était pas tellement prolifique en bandes dessinées chez les libraires d’une sous-préfecture de province. Ma mère, ma grand-mère me lisaient des romans. Et puis gamin, j’ai commencé à lire. Mais la bande dessinée, il n’y en avait pas forcément chez moi. Même Tintin. On devait avoir un ou deux albums, pas plus.

J’avais un frère ainé qui ne lisait pas beaucoup de bandes dessinées mais qui avait des amis qui lui en prêtaient. C’est ce qui m’a permis de découvrir le contenu du journal Tintin, des reliures de numéros qui devaient dater du début des années 50. J’ai le souvenir d’avoir lu des planches de La marque jaune, de La tiare d’Oribal et tout un échantillonnage de ces productions belges.

Plus tard, j’ai été abonné. J’ai un souvenir précis de l’époque de mon abonnement à Tintin. C’était au moment où paraissaient Les bijoux de la Castafiore que j’ai lu planche par planche en dernière page du journal. Ce qui fait que j’ai vraiment vécu le vrai faux suspense des Bijoux. Je crois que c’était l’idéal. En plus, il n’y avait évidemment pas de glose sur l’album. Les lecteurs de Tintin le découvraient comme cela, sans se rendre compte de l’espèce d’ovni en bande dessinée qu’Hergé leur proposait.

J’ai aussi le souvenir d’avoir lu tout ou partie de SOS Météores. Bien des années après, je me suis rendu compte de la densité de ces planches qu’on lisait dans le journal Tintin, qu’on relisait pendant la semaine en attendant la planche suivante, du contenu absolument incroyable d’un planche de Jacobs non seulement au niveau des dessins mais aussi du texte. Quand on voit une planche de certaines bandes dessinées d’aujourd’hui avec finalement pas grand-chose à se mettre sous la dent pour le lecteur, on se rend encore plus compte de cette richesse de contenu chez Jacobs.

KLI : Vous semblez plus Tintin que Spirou.

FR : Du coup, oui. J’ai connu Spirou et les albums de Spirou dessinés par Franquin grâce à des copains de lycée qui étaient abonnés. Dieu merci, il y avait cette espèce d’émulation entre nous. Pas des clans mais des gens qui étaient plus Spirou que Tintin. Deux frères qui étaient de mes amis m’ont permis de découvrir Franquin mais aussi Tillieux, un auteur que j’admirais et que j’aime toujours beaucoup. Avec Gil Jourdan, j’ai vraiment découvert quelque chose de magnifique. Et puis, il y avait aussi Tif et Tondu, toute cette école de Marcinelle. Il y avait donc deux écoles différentes même s’il y avait des passerelles entre elles puisque des auteurs comme Macherot ou Will sont passés d’un journal à un autre.

KLI : Enfant et adolescent, vous dessiniez ?

FR : Oui. J’ai surtout dessiné l’année de mes douze ans quand j’ai été très malade. Je suis resté presque trois mois en clinique. Ce qui m’a sauvé le moral, c’est de redessiner des albums entièrement. Ce n’était pas grandiose bien évidemment. Je me souviens que cela intriguait beaucoup ma mère. Je ne redessinais pas Hergé, Jacobs ou Martin mais une série que j’aimais énormément, Chlorophylle de Macherot dont le trait était très simple. A l’époque, à ses débuts, il avait un trait personnel. Ensuite, on l’a obligé à produire dans un style plus dessin animé. C’était quand même très directif. Il a cédé et accepté. Il avait un dessin très rond mais il créait des histoires vraiment impressionnantes. C’était un très bon fabricant d’intrigues, un très bon dialoguiste. Il faisait passer des messages dans ses bandes dessinées. Il avait vraiment une démarche d’auteur avec des idées. C’était beaucoup plus profond que cela n’en avait l’air de prime abord. En fait, Macherot était un rebelle, un libre penseur, quelqu’un qui avait des convictions. Souvent, les dessinateurs n’en ont pas beaucoup.

Après, vers 13-14 ans, je me suis mis à dessiner des bandes dessinées personnelles qui étaient d’ailleurs plutôt des débuts. J’aimais bien cette forme d’expression. Mais cela n’allait pas très loin. Et puis j’ai abandonné. Je ne pense pas que cela ait été une grande perte pour le monde de la bande dessinée. Je n’ai pas de regret par rapport à ça. Je me dis qu’au fond, pour devenir dessinateur, il fallait surtout en avoir envie. Jacques Martin, à ses débuts, n’était pas un bon dessinateur. J’ai l’impression qu’il a appris à dessiner pour raconter des histoires. A part cela, il avait un talent que je n’avais surement pas pour faire tout ce qu’il a fait. Et puis j’étais très impressionné par des dessinateurs comme Jacobs. Je pensais qu’il ne me serait pas possible de faire un jour la même chose que lui.

KLI : Vous étiez conscient de vos limites en dessin ?

FR : Oui. Mais j’avais aussi et surtout envie d’écrire, de m’exprimer autrement. A l’époque, dans les années 60, l’idée de pouvoir devenir scénariste de bande dessinée était une idée absurde. Ce n’était même pas envisageable. Ecrivain, cela semblait plus évident parce que c’était une activité qui existait. Ma grand-mère était très amie avec l’épouse d’un écrivain catholique très sérieux, Pierre-Henry Simon qui était Académicien. Cela m’avait impressionné. Ecrivain, c’était une profession qui existait. Mais la bande dessinée, à part dessinateur, ce n’était pas concevable. Et même dessinateur, ce n’était pas évident. A l’époque, il n’y avait pas de statut de scénariste. C’était souvent quelqu’un de rétribué par le dessinateur qui lui reversait une somme sur ce qu’il percevait, ce qui prouve bien, d’un point de vue purement matériel, que ce n’était pas une profession.

KLI : Votre parcours, vos études ?

FR : C’est très simple. Après le bac, je n’ai pas fait d’études. Je suis monté à Paris. J’ai d’abord travaillé dans une librairie puis dans une autre tout en commençant à écrire des articles et à faire des traductions. Les choses sont venues un peu comme cela. Cela a été assez rapide puisque je suis arrivé à Paris en 1970 et que trois ans plus tard, je rencontrais Floc’h, ce qui m’a décidé à faire de la bande dessinée parce que l’occasion a fait le larron !

KLI : C’est la rencontre de Floc’h qui a déterminé votre retour vers la bande dessinée ?

FR : Non. Vers 1969, je suis entré en relation grâce à une petite annonce avec Jacques Glénat pour participer à un fanzine, Schtroumpf, et j’en suis devenu l’un des collaborateurs. Et puis, il y a eu d’autres petites publications. C’était vraiment de l’amateurisme total. Mon but était de faire du journalisme littéraire en espérant devenir peut-être un jour critique littéraire parce que cela ressemblait plus à quelque chose de concret.

KLI : C’est à l’époque de Schtroumpf que vous rencontrez Jacobs, Hergé, Martin pour la première fois.

FR : Dès que je suis arrivé à Paris, je me suis dit qu’on pouvait facilement aller à Bruxelles même si on mettait, à l’époque, 3h30 en train. J’avais très envie de rencontrer des dessinateurs, surtout les deux à qui j’avais déjà écrit, à savoir Jacobs et Martin. Hergé, cela ne me venait pas trop à l’idée car cela me semblait un personnage auréolé d’une gloire qui le rendait presque inaccessible mais surtout parce qu’au fond, je n’étais pas vraiment un fan de Tintin. J’étais plutôt fan de Blake et Mortimer, Alix, Lefranc, Gil Jourdan – pour ne parler que de la BD et pas du reste – des personnages qui s’apparentaient plus à une forme de littérature d’aventure que j’aimais beaucoup par ailleurs. Même si je ne l’exprimais peut-être pas comme cela à 20 ans, je trouvais que l’œuvre d’Hergé n’était pas très romanesque. J’avais de lui une vision que j’ai bien modifiée depuis. Au fond, je reconnais que j’étais un peu léger dans mon jugement. Ce qui me gênait dans Tintin, ce n’était pas tellement le graphisme, c’était ce qu’exprimait le contenu des albums d’Hergé. Je continue d’ailleurs à penser – et je l’ai constaté après de manière précise quand je l’ai rencontré – que Hergé n’était pas un fabricant d’intrigues. Les intrigues, ce n’était pas ce qui l’excitait. Il a d’ailleurs utilisé la compétence d’autres gens, des scénaristes, Van Melkebeke notamment, comme l’ont fait plein de très grands réalisateurs de cinéma. Ce n’est pas du tout un jugement négatif de ma part, juste la conviction que ce n’était pas sa prédisposition. Hergé n’était pas un lecteur de romans. Cela, j’ai pu le constater en parlant avec lui. Donc, tout cela ne me prédisposait pas à le rencontrer.

KLI : Le contact se fait quand même en premier lieu avec des auteurs de l’école de Bruxelles.

FR : Effectivement. Il y avait aussi Macherot, un auteur moins considéré, connu bien sur mais qui ne faisait pas partie du Panthéon. Je l’ai connu un peu après Jacobs. La chance pour moi est qu’il vivait alors à Bruxelles alors qu’il habitait à la campagne où il est d’ailleurs retourné ensuite. La première grande rencontre cela a été Jacobs. Marquante à plus d’un titre. J’ai le souvenir d’avoir du prendre un bus pour me rendre près de Waterloo, à un arrêt où il devait me chercher en voiture. J’étais comme au milieu de nulle part tel Cary Grant dans La mort aux trousses m’inquiétant de ce que j’allais devenir ne voyant pas Jacobs arriver. Et puis soudain un point à l’horizon. Un voiture qui s’approche, qui s’arrête. Jacobs en sort vêtu d’un manteau de fourrure. Impressionnant !

KLI : Ce sont ces premiers entretiens qui vont alimenter votre ouvrage L’école d’Hergé.

FR : Oui. Au départ, il y avait des articles que je rédigeais après avoir rencontré un auteur ou à propose de ce qu’il faisait. Ce n’était pas tellement des portraits. Je ne me serais pas permis de parler d’eux comme je peux en parler maintenant. Je travaillais quand même pour un fanzine, une publication d’amateurs pour amateurs. Ce qui importait, c’était le contenu des albums. De mes entretiens avec Jacobs, je n’ai pas fait d’enregistrement avant 1975. Je n’ai jamais vraiment fait d’entretien enregistré avec Martin. Et avec Hergé, j’en ai fait un plus tard pour la revue (A suivre) sur ses lectures. Au départ, c’était des rencontres où l’on parlait du contenu. J’ai entretenu une correspondance assez assidue avec Martin. Il était très épistolier. C’était quelqu’un qui écrivait très bien et qui avait une manière très originale de se raconter. J’ai encore quelques lettres très intéressantes du point de vue de la technique de la bande dessinée, à l’époque où il collaborait avec Bob de Moor sur Le repaire du loup. J’ai des lettres de Martin me racontant, schémas et petits dessins à l’appui, comment ils fonctionnaient en tant que scénariste et dessinateur. De Moor que j’ai connu à ce moment-là était quelqu’un de très jovial, de très facile dans les relations.

KLI : Quel a été l’accueil réservé par ces auteurs à L’école d’Hergé ?

FR : Je les connaissais depuis un certain temps donc l’accueil a été extrêmement aimable. J’ai d’ailleurs une lettre d’Hergé qui me qualifie de  » bon serviteur de la BD « , ce qui est assez amusant. Je pense que l’expression n’est pas de lui mais de son secrétaire que j’ai connu lorsque je fréquentais les Studios Hergé et qui rédigeait sa correspondance. Je l’ai assez connu pour savoir ce qui était de lui et ce qui était vraiment d’Hergé. Jacques Martin était un peu vexé que je parle de l’école d’Hergé parce que, même s’il était un type charmant, il était quand même très personnel. Il a un peu ironisé. Il m’a dédicacé un de ses albums que j’ai encore en faisant un jeu de mots  » Hergé – Air Jet « , se qualifiant lui-même de modeste dessinateur qui travaille au ras du sol alors que passent dans le ciel les Air Jets ! Il faut dire qu’on était après sa sortie des Studios Hergé. En plus, par rapport à l’expression école d’Hergé que je m’étais permis d’inventer, on parlait plutôt d’école de Bruxelles. Pour moi, école d’Hergé, c’était aussi évident que lorsqu’on parle d’école de Michel Ange.

KLI : Dans L’école d’Hergé, vous évoquez Swarte, le courant néerlandais du revival ligne claire.

FR : Oui. Au début des années 70, existait aux Pays-Bas, dans ce pays de graphistes qui connaissent très bien toute la production belge, cette espèce d’école underground assez subversive qui détournait le style d’Hergé, ce que Swarte a qualifié en inventant l’expression de ligne claire.

KLI : Vous étiez donc très en prise avec l’actualité de la BD de l’époque.

FR : A Paris, on trouvait des petits fascicules, Tante Leny et autres, qui étaient assez impressionnants. Je ne déchiffrais pas trop le texte ou très mal. J’étais assez fasciné de voir ce que créaient Swarte, Smeets et les autres. Marc Smeets piochait dans le style du Hergé d’avant-guerre et mettait en scène Hergé lui-même. Ce qui est au fond assez amusant, c’est que ce sont ces néerlandais qui ont lancé tout cela et pas les belges. En Belgique, qu’est-ce qu’il y avait à ce moment-là ? Tous ces dessinateurs qui travaillaient d’arrache-pied, en permanence pour nourrir les journaux Tintin et Spirou.

KLI : Après L’école d’Hergé, vous n’allez pas poursuivre dans l’analyse de la bande dessinée comme ont pu le faire Benoît Peeters, Thierry Groensteen.

FR : Non, cela n’a pas été mon choix. Mais je comprends parfaitement qu’on puisse avoir envie de le faire. J’ai connu justement Benoît Peeters en 1978. On était assez liés pendant toute une période. On avait de grandes conversations sur le sujet. Il avait une formation universitaire que je n’avais pas. Je ne sais si c’est la seule raison. Finalement, à l’époque, c’était assez audacieux de se lancer là-dedans. Les bijoux ravis est une étude vraiment magistrale et marque, pour moi, une date importante dans la critique BD. Mais je n’étais pas tenté de suivre cette voie. Je m’intéressais aussi et peut-être plus à la littérature. Je pense aussi que le fait de commencer à pratiquer le scénario me coupait peut-être l’envie de poursuivre après les petits articles que j’avais rédigés et dont j’avais réuni l’essentiel dans L’école d’Hergé. Cela ne me donnait pas forcément envie de continuer. Et puis j’ai trouvé quelquefois que les études sur la BD avaient un côté ébouriffant, à la limite du compréhensible. Même si j’apprécie la BD, je trouve que c’est parfois un peu exagéré. Même en littérature, le structuralisme, la sémiotique, cela peut être pénible. Et puis quand on n’est pas Umberto Ecco, c’est plus difficile. Je n’avais rien contre cette approche mais cela ne m’attirait pas. A l’époque, je m’intéressais beaucoup au roman policier. Le fait de commencer à pratiquer un peu la BD avec Floc’h, même si je n’étais pas en première ligne, était aussi assez prenant.

KLI : 1977 est une année marquante avec la parution de votre premier roman et de votre première bande dessinée, Le rendez-vous de Sevenoaks, l’une des pierres angulaires du renouveau de la ligne claire avec L’art moderne de Swarte et Vers la ligne claire de Ted Benoît. Comment s’est faite la rencontre avec Floc’h ?

FR : Par le plus pur hasard. On s’est rencontrés dans une librairie parisienne, celle de Jacques Glénat. Un jour, j’étais dans cette librairie que je fréquentais assez souvent – c’était un peu mon quartier général – et un jeune homme est rentré pour vendre des dessins et proposer ses talents de peintre pour repeindre les devantures du magasin avec un ami à lui, ce qui était assez drôle. Il m’avait alors montré un dessin où l’on voyait une fille allongée sur un lit en train de lire un album de Jacobs. Il avait redessiné la couverture de L’énigme de l’Atlantide. J’avais trouvé cela assez génial et je lui ai proposé de collaborer. C’est vraiment le genre de choses que l’on fait quand on est jeune. Au départ, c’était une pure spéculation sur l’avenir.

KLI : Et vous entreprenez avec Floc’h un voyage à Bruxelles pour rencontrer Hergé.

FR : Vers 1974, on a effectivement fait un voyage en commun à Bruxelles pour rencontrer Hergé. Floc’h dit souvent que je lui ai raconté dans le train l’histoire de Sevenoaks mais je ne sais plus très bien. J’avais je crois un projet de nouvelle. Peu importe. On est donc parti sur ce projet avec pour références les œuvres qu’on vénérait. On a surtout mis du temps à faire cet album, deux ans et demi voire trois ans.

KLI : Comment étaient-ils ces auteurs célèbres quand vous les rencontriez ?

FR : Hergé était très accueillant, prenant le temps de vous parler et de ne se jamais dévoiler. Nous avions des conversations généralistes portant sur l’état du monde, l’écologie, la gnose de Princeton, Aldous Huxley, Kipling, Jerome K. Jerome. Que sais-je ? Pour ainsi dire jamais sur son œuvre, lui et moi la connaissant par cœur !

Jacobs était un vrai bruxellois exilé en pleine campagne. Prévenant, cabotin, adorant parler de ses personnages comme s’il les avait connus, ce qui était un régal pour son fan fétichiste que j’étais alors et que je suis resté. En plus, très drôle, beaucoup plus que Raymond Devos dont il partageait la rondeur et le côté pataud.

Martin parlait beaucoup. Mais c’est l’épistolier que j’ai toujours préféré. Dans ses lettres, il dévoilait mieux ses vrais fantasmes. Au fond, c’était un vrai pudique… extraverti. Dommage. Je pense que j’aurais mieux aimé le contraire !

KLI : La reprise d’un style ligne claire pour Sevenoaks a été une évidence ?

FR : Floc’h était marqué par Hergé et Jacobs. Au fond, il était peut-être plus marqué que moi par Hergé dans la mesure où ce qui l’intéressait évidemment, ce qui est normal, c’était le graphisme. En même temps, il aimait beaucoup Jacobs pour le côté anglais, son côté esthète et dandy. Il y avait aussi quelqu’un qu’on ne pouvait évidemment pas manquer d’apprécier l’un comme l’autre, c’était Tardi qui commençait sa carrière et qui avait un style à lui qui n’était pas de la ligne claire. On s’était dit :  » il faut publier Sevenoaks chez Casterman, c’est ça ou rien ! « . Autant dire que lorsque nous avons présenté les premières planches et que Casterman a refusé l’album, nous avons été très vexés. Je crois me souvenir qu’une réflexion faite à cette occasion par une personne de Casterman était de dire que notre travail c’était un peu du Tardi. Je crois que cela avait vexé encore plus Floc’h que moi. La remarque était quand même un peu exagérée. Floc’h avait un style, une approche qui n’étaient pas celles de Tardi. Puis finalement, nous nous sommes retrouvés chez Dargaud.

KLI : Avec Sevenoaks, vous impulsez une trame narrative post moderne, fort originale, qui n’est pas sans rappeler le nouveau roman..

FR : A l’époque, j’étais lecteur de pas mal de choses même des écrits qui n’étaient pas littérairement forcément compatibles. Cela ne veut rien dire d’ailleurs. On ne s’intéresse qu’à ce qu’on aime. J’étais à la fois sous l’influence du nouveau roman, du roman policier, du roman d’aventure… J’étais un fan d’Alain Robbe Grillet que j’allais voir en conférence, que j’ai rencontré plusieurs fois, un personnage qui me fascinait vraiment autant que ses livres. J’aimais aussi la littérature américaine, des écrivains comme William Burroughs, les films d’Andy Warhol qui étaient incompréhensibles., interminables. Je me demande d’ailleurs avec le recul comment j’ai pu apprécier cela ! Il faut dire que le personnage était fascinant. On avait aussi vu, Floc’h et moi, A bigger splash de Jack Hazan, un film formidable sur David Hockney dont la construction était très originale, un truc vraiment très étonnant où le peintre était mis en scène, racontait ses tableaux. Il y avait vraiment tout un tas de choses différentes à découvrir au début des années 70.

KLI : C’était un choix commun d’éviter le premier degré pour Sevenoaks ?

FR : Oui. J’ai peut-être imposé, surement même, l’histoire elle-même parce que j’étais par ailleurs un fan du théâtre sanglant. J’ai d’ailleurs écrit un livre sur le sujet peu après. J’avais déjà commencé à rencontrer des gens de ce milieu particulier. Ce qui est assez amusant, c’est qu’il y a un côté documentaire dans l’album. L’intérêt que j’avais pour le théâtre du Grand Guignol n’était évidemment pas partagé par une masse de gens. Cela reflétait les choses que je pratiquais en tant que journaliste ou chercheur dans un petit univers littéraire.

Floc’h et moi avions la volonté commune de nous inscrire dans cette tradition graphique de l’album de bande dessinée tel que le pratiquaient Jacobs ou Hergé – même si on ne se mesurait pas à ces idoles – en y mettant quelque chose de moderne. Mais on ne le faisait pas de manière théorique, on voulait juste créer quelque chose d’original, d’un peu rebelle. On avait quand même assorti la première publication dans Pilote d’une préface très prétentieuse. Dieu merci, elle a été supprimée dans l’album !

KLI : Avec ce premier album, vous vous posez en continuateur mais c’est avant tout une forme de revisitation des classique de l’école belge.

FR : C’est cela. On revisitait des oeuvres qui étaient presque des classiques pour nous en essayant d’y mettre des choses personnelles. On ne réfléchissait pas trop non plus. Il y avait une envie. On avait été marqués par un film qui recoupait mes préoccupations littéraires, un film qui a pour titre Théâtre de sang dans lequel Vincent Price joue un acteur shakespearien qui se venge des critiques. On était aussi marqués par La marque jaune. Dans Sevenoaks, il y a des tas de trucs qui sont des résurgences, des régurgitations de choses qu’on aimait bien. Ce n’est pas non plus un plagiat. Le graphisme de Floc’h servait bien cette ambition. Alors qu’on aurait pu faire quelque chose de très noir, de très sombre, à la limite illisible.

KLI : Sevenoaks est un hommage mais aussi une rupture. Il y a un côté perturbateur. On s’attend à une histoire assez abordable et puis on est embarqué dans tout autre chose. Vous avez finalement utilisé un style pour mystifier le lecteur ?

FR : Oui. On peut dire qu’il y avait un désir de mystification avec une chute qui allait perturber le lecteur. Je pense que si l’album n’est pas tombé à plat, c’est justement parce que le graphisme de Floc’h faisait que cela restait lisible y compris dans ce qui était un peu tordu dans le récit lui-même. C’était aussi référencé à des tas de choses que devaient apprécier les gens de notre génération, la musique pop anglaise, un certain cinéma marginal pour l’époque. N’oublions pas que les films d’horreur ne sortaient pas dans les salles ! Et puis on allait aussi à Londres régulièrement. Tout cela revient dans l’album.

KLI : La critique a été très bonne.

FR : Oui. Justement. Quand je dis que ce n’est pas tombé à plat, c’est qu’il y a eu une très bonne critique. A l’époque, c’était un peu nouveau. D’abord, il n’y avait pas de production énorme en bande dessinée. Il y avait des gens qui s’intéressaient à la BD et qui écrivaient des critiques, des articles sérieux, qui exprimaient des propos plus matures que ce qu’on peut lire actuellement. Aujourd’hui, on recense des albums. Il faut dire qu’il y a tellement de choses qui sortent. Mais souvent, les gens qui font de la critique de bande dessinée se contentent de recopier des communiqués de presse.

KLI : Comment Jacobs, Hergé, Martin ont perçu Sevenoaks ?

FR : Je n’ai pas de certitude mais je crois que Jacobs, à qui j’avais adressé l’album, a eu le sentiment d’être plagié. Il était hanté par le plagiat. A l’époque où je le voyais régulièrement, sa femme m’avait montré un cahier dans lequel elle découpait des pages de journaux de BD dans lesquelles elle estimait trouver des plagiats de Blake et Mortimer. La sortie de Sevenoaks a interrompu notre relation. Concernant Hergé, je n’ai pas de souvenir précis. Il a du certainement le recevoir et envoyer une lettre gentille. Il n’y avait aucune raison pour lui de s’inquiéter de quoi que ce soit. D’ailleurs, Hergé avait donné des conseils à Floc’h lorsque nous étions allés le voir. Il n’y avait aucun problème. Pour Martin, c’est curieux mais je crois que je ne lui ai jamais offert ce livre. On parlait beaucoup lui et moi des choses qu’il faisait, de livres qui n’avaient rien à voir avec la BD ou bien de cinéma. C’est bizarre mais je n’ai aucun souvenir d’échange avec lui sur Sevenoaks.

KLI : Avec Le dossier Harding, votre seconde bande dessinée avec Floc’h, vous revenez à une histoire plus classique, plus linéaire, moins novatrice et plus classique, presque Hitchcockienne. Pourquoi ce choix ?

FR : C’est effectivement complètement linéaire. L’idée de départ, ce n’était pas de continuer Sevenoaks mais de créer un nouvel album. Le  » succès  » d’estime mais aussi commercial de Sevenoaks – qui s’est quand même bien vendu – a fait qu’il nous fallait absolument créer un nouvel album. On peut dire qu’on ne pouvait pas l’éviter. Et là, peut-être avons-nous été un peu piégés dans la mesure où nous avions d’une certaine manière utilisé toutes nos munitions dans le premier. Peut-être plus moi parce que pour le scénario, je ne pouvais pas envisager de reproduire la même chose. J’ai choisi – cela m’est venu naturellement sans réfléchir longtemps – d’aller puiser dans ma passion pour le roman policier anglais et dans une moindre mesure dans le cinéma. Je ne sais plus ce qui a été le premier déclencheur. Il y avait l’envie de créer une histoire classique, un whodunit. Je trouve que graphiquement, Floc’h a servi l’histoire d’une manière merveilleuse. C’est peut-être l’album le plus parfait avec une unité du dessin du début jusqu’à la fin.

KLI : Pourquoi choisir d’y mettre en scène Olivia Sturgess et Francis Albany ?

FR : Comme on avait tué le héros dans Sevenoaks, j’ai laissé monter l’idée et l’envie que j’avais de mettre en scène un duo de personnages, pas un duo de héros de romans policiers mais un duo inspiré de mes lectures de biographies ou de mémoires d’anglais excentriques et dandies. Floc’h était tout à fait partant pour ça. On a donc fait revenir des personnages totalement secondaires du premier album, Francis Albany et son amie romancière. Du coup, la critique a été beaucoup moins bonne. Il y a eu des déceptions affichées. Je me suis même trouvé plusieurs fois pris à parti par des gens qui me demandaient pourquoi nous avions fait ces choix pour Harding. Personnellement, je n’étais pas gêné. Mais cela n’a pas entravé la suite.

KLI : A la recherche de Sir Malcolm me semble un compromis entre les deux premiers albums. Il y a la volonté de revenir à une relative déconstruction du récit. Qu’en pensez-vous ?

FR : Créer une histoire autour du Titanic me tenait à cœur. C’est un sujet qui m’a toujours obsédé. Effectivement, il y a là une dimension un peu onirique, un peu fantastique qui tranche avec le côté linéaire du Dossier Harding et qui se rapproche plus de Sevenoaks.

KLI : Peut-on dire qu’Albany est une série sans être une série ?

FR : Dès le départ, nous ne souhaitions pas creuser le filon de la série qui se répète sur des tas d’albums qui s’enchainent. On n’est pas dans une série classique. Je n’avais jamais eu l’occasion de faire de la BD comme scénariste. Cela a été improvisé. On a appris à marcher en marchant. On n’a pas créé un personnage comme il en existait déjà des flopées, de ceux qui vivent des aventures à répétition sur autant d’albums que possible. Du coup, le deuxième met en scène des personnages qui auraient pu rester les personnages d’un seul album et qui reviennent dans le troisième.

KLI : Pourquoi Le scandale Vera Lindsay, annoncé sur le quatrième de couverture de Sir Malcolm n’a-t-il jamais vu le jour ?

FR : Ce titre d’album a été inconsidérément annoncé. Je crois d’ailleurs que je n’avais pas la moindre idée du contenu de cette nouvelle aventure. Il n’y avait finalement qu’un titre qui sonnait bien. C’était tout. Après, il y a eu, à un moment, une idée d’intrigue ancrée dans les années 60 mettant en scène Albany plus âgé. C’était l’histoire d’une liaison fatale, un peu dans l’esprit de L’amant de Lady Chaterley. Pourquoi avoir arrêté ? Je ne sais plus exactement comment cela s’est passé. Je crois que Floc’h commençait déjà à trouver que la BD représentait beaucoup de travail. Cela l’ennuyait. Il était réticent à se lancer dans des projets de grande ampleur ou de longue haleine. Il est vrai que le dessinateur passe beaucoup plus de jours, de mois, d’années que le scénariste à travailler sur une bande dessinée. C’est d’ailleurs parfois une source de conflit car c’est vraiment un travail énorme. L’idée d’un nouvel album a donc été évacuée temporairement et puis cela a trainé en longueur pour finalement ne pas se faire. On a évité la répétition et réduit le rythme.

KLI : L’histoire a quand même été recyclée par la suite.

FR : On la trouve effectivement évoquée dans le prologue de La trilogie anglaise intitulé A propos de Francis, l’éloge funèbre d’Albany par Olivia.

KLI : La suite de la série est beaucoup moins conventionnelle, prenant une forme plus littéraire, avec A propos de Francis ou la biographie Olivia Sturgess (1914-2004).

FR : Bizarrement, sans avoir produit beaucoup d’albums, nous avons quand même réussi à suivre l’histoire de deux personnages et à les enterrer tous les deux comme si nous étions pressés de nous en débarrasser… Alors que paradoxalement cela a pris du temps. Nous avions envisagé d’autres histoires que nous n’avons pas faites.

KLI : Floc’h me parlait d’une histoire autour du Butler Wang.

FR : J’aurais effectivement apprécié mettre en scène ce personnage que j’aimais bien en faisant de lui comme une espèce de sage avec des manières un peu veillottes et des sentences très orientales, un peu à la Charlie Chan. Cela aurait été intéressant. On aurait pu faire des strips de trois images. Mais c’est vrai qu’on se pose des tas de questions avec une « série » comme Albany. C’est finalement un peu la malédiction d’une série qui n’en est pas une, qui permet d’aller un peu où l’on veut.

KLI : Parlons de Blitz, autre album avec Floc’h qui s’intercale entre les albums d’Albany et qui marque par son apparence même (pour sa première édition).

FR : Il est manifeste que lorsqu’il est sorti, son format tranchait. L’origine de l’album, c’est une commande du journal Le matin de Paris qui voulait proposer à ses lecteurs des pages de bande dessinée, un peu comme le font les américains. Il y avait Régis Franc qui avait été également convié à publier dans ce quotidien avec Le café de la plage. On nous avait demandé de créer un feuilleton en faisant une surprise au lecteur à la fin de l’histoire. Il n’y avait pas de suite à imaginer. On a puisé dans notre propre mythologie en proposant une pièce qui aurait été écrite par Francis et Olivia pendant le Blitz.

KLI : La suite s’est imposée quand même. A des intervalles réguliers de 13 ans.

FR : Franchement, cela aurait pu en rester à Blitz qui se suffisait à lui-même comme une espèce d’excroissance de l’existence d’Olivia et Francis. Je ne pensais pas qu’on pourrait faire une suite et même un troisième. Mais dans le même temps, Floc’h et moi, nous en imaginions plein d’autres.

KLI : C’est vrai qu’on trouve annoncés plusieurs titres d’albums en quatrième de couverture d’Underground.

FR : Nous avons quand même tenu nos engagements mais d’une autre manière sous forme de nouvelles dans Black Out, le troisième et dernier épisode de Blitz. En ce qui concerne les prolongements de l’univers de Francis et Olivia, il y aussi Meurtres en miniature, un petit livre autour d’une reine dont on a beaucoup parlé ces derniers mois et de sa petite sœur mais aussi Les chroniques d’Oliver Alban, une autre excroissance.

KLI : Le fait d’aborder un même univers avec des approches et des supports différents, c’est aussi ce qui fait aussi le charme de votre  » série « .

FR : Oui. Mais cela n’est apprécié que par ceux qui s’intéressent à ce type d’approche. Je ne m’attendais pas du tout à un succès de librairie avec Les Chroniques d’Oliver Alban mais cela n’a pas eu un retentissement énorme. Il y a un côté un peu ingrat à se rendre compte finalement que ce type de livre ne touche essentiellement que les lecteurs de nos bandes dessinées sans réussir à vraiment accrocher un autre public.

KLI : Comment vous situiez-vous, dans les années 80, par rapport au courant ligne claire et aux auteurs qui s’inscrivaient dans cette veine ? Etiez-vous en relation avec Chaland, Clerc… ?

FR : C’est surtout Floc’h qui connaissait ces dessinateurs. J’ai croisé plusieurs fois la route d’Yves Chaland pour qui j’avais énormément d’admiration. C’était quelqu’un d’extraordinaire qui nous aurait très certainement encore surpris davantage s’il n’était pas parti si jeune. Il était assez expérimental avec un vrai univers à lui. Je le voyais surtout en Belgique, pays fétiche pour lui, qu’il a exploité de manière très originale, ce que les belges, qui ont pourtant de l’humour, n’auraient pas su faire aussi bien que lui. Il a laissé une œuvre vraiment étonnante. Serge Clerc, je l’ai connu à ses débuts, à l’époque de Métal Hurlant.

KLI : Jamais de projets avec eux ?

FR : Non, Floc’h occupait le terrain et j’étais sur d’autres choses.

KLI : Comment vous situiez-vous par rapport au courant ligne claire ?

FR : J’ai toujours été un peu étonné par cette notion de ligne claire. C’est pour moi quelque chose d’assez vague.

KLI : Pour Swarte, c’est uniquement un type de dessin.

FR : Je pense effectivement que cela désigne un dessin. Au fond, pour un scénariste, il y a peut-être quelque chose d’agaçant avec la ligne claire car cela ne prend pas en compte le scénario et qu’on peut finalement y mettre ce que l’on veut. Dans ce courant graphique, il y avait un dessinateur néerlandais que j’aimais beaucoup, Théo Van den Boogard, qui était pour moi l’héritier réaliste d’Hergé et avec qui j’aurais aimé collaborer. Léon la terreur était vraiment un personnage incroyable qui était dans une veine très underground et finalement très néerlandaise. Il y a un album d’Hergé où l’on voit bien ce réalisme ligne claire dans certaines cases, c’est Objectif Lune.

KLI : Durant les décennies 70 et 80, on peut dire que vous êtes vraiment dans la création BD avec d’autres séries à votre actif et des contributions à la presse BD de l’époque (Métal Hurlant, (A suivre), Circus, Spirou). Quel regard portez-vous sur cette période où vous êtes très productif en bande dessinée ?

FR : Il y avait plus d’occasions, plus de titres de presse. Et puis cela s’est fait naturellement, sans réfléchir. Par exemple, Alain Goffin est venu me trouver un jour dans une convention de bande dessinée pour me proposer de travailler ensemble. On a finalement fait deux albums de la série Thierry Laudacieux. Le premier album s’est bien vendu, le second un peu moins et Casterman n’était pas très chaud pour continuer. Goffin était aussi un peu lassé.

KLI : Et Le Privé d’Hollywood ?

FR : Le privé d’Hollywood, c’est venu de l’envie de José-Louis Bocquet, le co-scénariste qui était vraiment un débutant à cette époque, de créer une série qui s’inspirerait du roman noir américain. On avait proposé le projet à Spirou et cela nous avait conduit à collaborer avec Berthet, ce qui était vraiment appréciable car c’est vraiment un très bon dessinateur. La série s’est arrêtée parce que Berthet a décidé de faire autre chose. Le dessinateur n’a pas forcément à prendre des gants vis-à-vis des scénaristes s’il a envie de voler de ses propres ailes ou de changer. C’est un peu dommage pour Le Privé parce que Bocquet et moi avions vraiment l’envie de continuer.

KLI : Comment avez-vous participé à Victor Sackville, série au long cours ?

FR : C’est venu par une amie à moi, Gabrielle Borile qui après un projet abandonné avec le dessinateur Francis Carin est venue me voir pour les aider à créer quelque chose. Au final, la série qui est maintenant terminée compte 23 albums.

KLI : Pour Le Privé comme pour Victor Sackville, nous sommes sur de la co-écriture, un exercice que vous semblez apprécier.

FR : C’est exact. Mais mon implication n’est pas forcément la même pour chaque série. Pour Victor Sackville, je participais mais je ne m’y consacrais pas entièrement. Au début, avec Gabrielle Borile et Francis Carin, nous travaillions vraiment ensemble. J’aimais bien cette technique que j’avais imaginée avec Floc’h – même si c’est un cas un peu à part – et avec Goffin. Pour les Thierry Laudacieux, on travaillait vraiment ensemble. On y passait des heures et c’était passionnant. Avec Berthet, c’était moins le cas. C’était surtout avec Bocquet, grand fan de BD, plein d’idées, que le travail se faisait. On envoyait ensuite notre travail à Berthet qui réalisait ses planches. Avec Borile et Carin, à un certain moment, on s’est dit que la collaboration devenait compliquée. Ne serait-ce que parce que je devais à chaque fois me rendre à Bruxelles. On s’est donc partagé le travail. La série s’est en quelque sorte divisée en deux, Victor Sackville devenant presque, d’une certaine manière, le héros de deux séries, même si cela ne se voyait pas trop. Cela a duré parce que Carin avait fait de cette série son cheval de bataille pour ne pas dire sa raison de vivre même s’il a fait d’autres choses à côté.

KLI : Vous signez avec lui la série Sydney Bruce chez Glénat.

FR : C’était un projet assez personnel. J’avais vraiment envie de faire cette série. Mais il se trouve que l’éditeur a malheureusement jugé bon de l’arrêter au bout de deux albums. Les séries qui ne durent pas, c’est finalement assez courant. Mais pour cette série, c’est dommage car c’était un peu en avance sur les modes avec des histoires se passant à l’époque victorienne. On ne pourrait pas la reprendre maintenant car on passerait pour des plagiaires des nombreux auteurs qui créent dans ce registre !

KLI : Et Les dossiers de Maitre Berger avec Patrick Dumas.

FR : C’est Patrick Dumas qui est venu me proposer une collaboration. Il avait fait quelques albums avant et était fan de Jacobs. J’ai réfléchi et je lui ai proposé une série se situant dans des lieux que je connaissais bien depuis mon enfance. C’était une envie que j’avais. A titre d’exemple, la villa de Maitre Berger est celle que mes parents possédaient à Saint Palais sur Mer, du côté de Royan. J’ai relu récemment le premier épisode, une histoire un peu compliquée de sosie. En plus, Dumas n’était pas très à l’aise. Son dessin est difficile surtout au départ. Après, cela s’est amélioré au fil des albums. On en a fait sept et puis l’éditeur a arrêté la série qui tirait pourtant à 15000 exemplaires la nouveauté. Il y a des scénarios que j’ai relus depuis et qui me plaisent vraiment, bien des années après. Avec cette série, j’avais essayé de faire passer quelque chose tout en restant très classique.

KLI : Trente-huitième parallèle avec Biard au dessin.

FR : On a fait un seul album ensemble. Le scénario est cosigné avec José-Louis Bocquet. C’était une commande d’Albin Michel.

KLI : Dans un recueil Spirou, on peut lire L’ovni d’Argenteuil, une histoire dessinée par Moons et co-scénarisée avec Benoît Peeters. Comment est née cette collaboration ?

FR : Avec Peeters, nous avions voulu créer un studio de scénario et de dessin. On était deux scénaristes. On voulait appeler cela le studio Watson. J’ai d’ailleurs encore une carte de visite dessinée par Floc’h qui avait fait un très joli dessin. On y voyait Watson avec une plume un peu comme celle de la collection Le Masque. On avait recruté trois dessinateurs dont André Moons qui était un ami de Goffin et dont l’amie était Séraphine, dessinatrice de bande dessinée.

KLI : Révélations posthumes avec Andréas est une collaboration marquante qui tranche avec vos autres créations en bande dessinée.

FR : On peut presque parler de travail de presse. Les récits constituant Révélations posthumes ont d’abord été publiés dans (A suivre), revue à laquelle je collaborais depuis le début et qui se donnait des airs un peu littéraires. On m’avait d’abord demandé d’écrire sur les auteurs du roman populaire, les feuilletonistes. Et puis le rédacteur en chef m’a proposé d’envisager des bandes dessinées. Je me suis creusé la tête et j’ai écrit une première histoire qui a été confiée à Andréas. Je ne me souviens pas comment cette collaboration a vu le jour. Il devait tout simplement avoir postulé lui-même à la revue pour y collaborer. Il a utilisé cette technique de la carte à gratter que Tardi avait utilisée pour Le démon des glaces. Pour ce projet, j’ai fait appel à des choses qui m’intéressaient. Cela me venait assez naturellement. J’aime bien cet album même si je trouve que le texte n’est pas trop lisible. Blanc sur noir, ce n’est pas trop évident !

KLI : Pourquoi ne pas avoir poursuivi avec Andréas ?

FR : Ce n’est pas parce qu’on ne s’entendait pas. Andréas m’a simplement dit ne plus vouloir dessiner d’autres histoires, voulant se consacrer à des projets plus personnels.

KLI : Et Outsider, série que vous créez avec le dessinateur Miniac pour Glénat ?

FR : Une catastrophe totale…

KLI : C’est vrai qu’on peut s’étonner de vous voir collaborer avec certains dessinateurs au style beaucoup moins accompli que celui de Floc’h et présentant même certaines limites. Je pense surtout à Carin. Cela ne vous a pas fait réagir.

FR : C’est un peu difficile de juger et de critiquer même si je suis bien conscient de ce que vous dites. Déjà, un dessinateur, on ne le choisit pas forcément. La collaboration avec Carin, elle est venue vraiment par un concours de circonstances puis Francis étant devenu un ami, elle s’est poursuivie, la série fonctionnant assez bien pendant plusieurs années, rencontrant son public surtout en Belgique. Gabrielle Borile et moi avons eu l’occasion de lui faire quelques remarques sur son dessin qui est plutôt celui d’un décoriste si je peux me permettre l’expression.

KLI : Dans les années 90, vous adaptez Jules Verne en bande dessinée avec le dessinateur Micheli.

FR : J’aimais bien l’idée d’adapter Jules Verne, l’un de mes auteurs fétiches. Pour le premier album, j’ai choisi Un drame en Livonie, un roman pas trop connu. Avec un dessinateur qu’on m’a un peu imposé. Pas vraiment car j’aurais pu dire non. J’aimais bien son dessin un peu artiste et plutôt intéressant. Après je me suis dit que j’allais adapter 20000 lieux sous les mers, – ce qui n’est pas une mince affaire – en y mettant autre chose. Il s’agissait de créer quelque chose d’un peu différent, pas du tout pour amoindrir Jules Verne. Graphiquement, Micheli proposait quelque chose.

On aurait du faire trois albums de 20000 lieux et finalement on n’en a fait que deux. Cela a un peu détruit le projet lui-même même si à l’arrivée cela fait une histoire. Le premier est plus intéressant que le second. Il a d’ailleurs été publié aux Etats-Unis, y rencontrant même un certain succès, ce qui est assez amusant. Il faut dire que Jules Verne est une idole là-bas pour pas mal de gens. C’est dommage que cela n’ait pas suivi. Là encore, c’est un  » caprice  » de dessinateur qui d’un seul coup a décidé d’arrêter pour devenir professeur de dessin. Là aussi, j’ai fait mon deuil très vite. C’est vrai que dès qu’on sort des choses qu’on a vraiment voulu, qu’on a mis au point comme avec Floc’h, on est plus dans le côté commercial dans le sens où on forme un attelage avec un dessinateur. On prend des risques même le risque personnel de ne pas se donner suffisamment, d’être un peu trop indulgent.

KLI : Parlons maintenons de vos adaptations d’Agatha Christie. N’avez-vous pas eu d’hésitation à vous lancer dans ce projet, à  » charcuter  » ainsi des romans ? Pour vous, grand amateur d’Agatha Christie, ce n’était pas commettre un  » sacrilège  » ?

FR : On peut voir cela comme ça. Sacrilège, je n’irai pas jusque là. Il se trouve qu’à 12-13 ans, quand je tentais de faire de la BD, j’avais commencé à adapter en BD Le meurtre de Roger Akroyd. J’avais fait trois strips. L’idée d’adaptation est venue début 1990 d’un éditeur Belge, Claude Lefrancq. Adapter Agatha Christie, je ne trouvais pas l’idée inintéressante. Pour moi, ce n’était pas un massacre dans la mesure où j’ai beaucoup d’admiration pour cet auteur non comme styliste mais plutôt comme fabricante d’intrigues. Il se trouve qu’il y a un risque énorme à adapter un roman en BD. Je suis assez d’accord avec le terme de charcutage. Au début, je me disais que c’était un appauvrissement. C’est le terme que j’employais en le faisant. Mais je me disais que ce n’était pas un sacrilège. C’était une commande. C’est Lefrancq qui a demandé l’autorisation aux ayant-droits, en l’occurrence la fille d’Agatha Christie, que j’ai d’ailleurs connue. Au fond de moi, je me disais que si elle refusait, cela allait me soulager. Mais au contraire, elle était enchantée par le projet ! Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris comment une anglaise de 70 ans qui ne connaissait rien à la bande dessinée a pu se montrer aussi enthousiaste. Très curieuse cette histoire ! Du coup, cela s’est fait. Les deux premiers ont été dessinés par Miniac « première manière » qui était un peu jacobsien et qui ne s’en sortait pas trop mal. C’est une série qui est publiée partout maintenant. Harper Colins à Londres les a traduits et cela marche très bien. J’en ai fait huit en tout et j’ai arrêté. Je me suis dit que cela suffisait. En tout, il doit y en avoir une quinzaine. C’est même traduit en chinois. C’est affolant ! J’ai compris que cela plaisait à des gens. J’ai vu des grands-mères acheter la BD à leurs petits-fils en me disant que cela allait leur donner l’envie de lire les romans. Je me disais en moi-même  » quelle tristesse ! ». Lire un roman d’Agatha Christie, ce n’est quand même pas la chose la plus compliquée.

Au final, je dirais que c’est un à-côté. Je n’ai sincèrement pas d’état d’âme par rapport à ça. Je me dis que le succès rencontré par ces adaptations – notion qui ne veut pas dire grand-chose car il y a plein de choses qui n’ont aucune valeur et qui ont du succès – signifient qu’elles ne sont pas passées inaperçues et ont intéressé un public et c’est tant mieux. Il se trouve aussi que cela a été mis en images par différents dessinateurs. Il y a vraiment un album que je trouve plutôt réussi bien, celui que j’ai fait avec une suissesse, Laurence Suner et qui a vraiment du talent. Et puis, là encore, elle a fait un album et puis après s’est mise à écrire de la science fiction.

KLI : Vous avez aussi adapté Chesterton chez Lefrancq.

FR : C’est vraiment un mauvais souvenir, un de ces moments où l’on se sent trahi. Quand on se trouve avec un dessinateur qu’on n’a absolument pas choisi et qui crée quelque chose de minable, c’est vraiment dommage. Mais je me vengerai un jour en refaisant peut-être une adaptation de Chesterton, pas forcément en BD mais sous forme de roman graphique.

KLI : Chez Delcourt, dans les années 2000, vous créez La Madone de Pellini avec le dessinateur Federici.

FR : C’est un diptyque. Au départ, cela devait être un triptyque. Il faut dire qu’il y a des contingences, des modifications en cours de projet, des contraintes éditoriales qui sont absurdes et qui d’un seul coup fichent en l’air une création ou l’handicape même si on retombe quand même sur ses pattes. On n’en pas fait d’autres car cela ne marchait pas et que ça a été récupéré par Delcourt. Au départ, c’était Robert Laffont qui éditait cette série dans une collection de BD qui n’a pas marché et qui a été rachetée par Delcourt. On m’a fait travailler avec un dessinateur italien avec qui je n’ai jamais pu échanger un mot. On communiquait par l’intermédiaire de l’éditrice. J’avais imaginé qu’on avait retrouvé une nouvelle d’Henry James, l’histoire d’un tableau. Le dessinateur avait un style très italien, un peu grandiloquent, très réaliste mais pas mal.

KLI : Plus récemment, vous signez L’attrape-Livres, une biographie de Robert Laffont avec Rébéna au dessin.

FR : C’est encore autre chose. Il se trouve qu’à l’origine, j’ai une éditrice chez Robert Laffont pour mes romans qui s’était dit que ce serait bien pour les 70 ans de la maison d’édition de proposer un roman graphique. Ils ont demandé à Floc’h qui a refusé et se sont tournés vers moi en me disant « de toute façon, il faut que tu le fasses et on va proposer cela à Rébéna » qui se trouvait être l’auteur des couvertures des intégrales San Antonio dont je m’occupe depuis 3-4 ans. Je ne dis pas que j’étais coincé. J’ai tout de suite été ravi de travailler avec Rébéna qui là encore est un dessinateur avec un style très particulier et très intéressant. On a donc fait ce travail de commande. Je l’ai fait avec plaisir car d’une part j’ai un peu connu Robert Laffont et d’autre part parce que je trouvais cela amusant de faire une bande dessinée sur une maison d’édition. Finalement, l’idée me plaisait avec bien évidemment les contraintes d’un tel projet, c’est-à-dire de se retrouver vers la fin dans l’obligation d’inclure telle ou telle personne. C’était surtout une contrainte pour Rébéna ! Ce projet m’a vraiment donné l’envie de retravailler avec lui parce que c’est quelqu’un qui a beaucoup de talent. Comme quoi les travaux de commande, ce n’est pas forcément déplaisant.

KLI : J’observe que vous êtes souvent sollicité, qu’on vient vous chercher.

FR : Oui. Les éditeurs savent aussi ce qui peut m’intéresser. Mais je propose aussi des projets de temps à autre mais plus dans le domaine de la biographie, de la fiction ou des essais.

KLI : Vous n’avez jamais touché à Blake et Mortimer. Pourtant cela devrait vous tenter.

FR : Il y a l’idée de l’éditeur Yves Schlirf de doubler les bandes dessinées de Blake et Mortimer de livres plus littéraires. Ce seraient des histoires qui parleraient de Blake et Mortimer et seraient illustrées par différents dessinateurs. Cela n’a pas abouti pour le moment. Il faut dire que cela comporte un risque car le public ne va pas forcément s’intéresser à autre chose que les bandes dessinées. Ecrire pour cette série m’intéresserait mais pas forcément un album de bande dessinée car c’est tout de suite l’attelage avec un dessinateur. Pour l’instant, c’est en stand by. Il faut dire qu’il y a déjà eu des tas de tentatives soit de novellisation soit de roman autour de personnages de BD. Casterman a publié des romans autour d’Alix mais cela n’a pas eu de suite car cette approche finalement n’intéresse pas grand monde. C’est fait pour le petit nombre de gens qui sont des fanatiques et qui éventuellement risquent même de trouver que le filon est un peu trop exploité.

KLI : Nous nous sommes consacrés à vos créations en bande dessinée laissant de côté toutes vos œuvres de biographe, romancier, novelliste… Si vous deviez faire le tri dans toutes vos créations, les organiser, les agencer, quel message caché trouverait-on derrière ? Y a-t-il un but pas forcément conscient, une ambition d’auteur ?

FR : Je ne sais trop comment définir tout cela. C’est un peu de bric et de broc. Il y a certainement une image en tapis comme dirait James mais ce n’est pas moi qui peux la trouver. Cela fait des choses très différentes et qui finissent par former une mosaïque.

Je dirais que la chose la plus première, c’est l’envie de rester toute sa vie un enfant, de se fabriquer une bibliothèque idéale, de fabriquer des livres qu’on aurait envie de lire. Mais cela ne tient que cinq minutes parce qu’au fond, ce n’est pas réellement ce que j’ai fait. Mais il y a comme la survivance d’une envie que j’ai pu avoir quand j’étais très jeune. Je me souviens avoir déclaré à ma Grand-Mère et à ses amies, à la fin d’un repas, vouloir devenir écrivain et que cela les avait fait beaucoup rire. Finalement, j’ai autant envie de parler des autres que de faire moi-même un travail d’écriture personnelle même si tout travail est personnel. Cette idée de bibliothèque personnelle est en même temps complètement absurde parce que finalement je préfère les livres des autres. Les miens, je ne les montre pas trop. Je n’en fais pas étalage. Ecrire des biographies, c’est presque ce dont j’ai le plus envie de parler.

KLI : Si je vous dis que, dans vos créations, se dégagent des marottes, à commencer par votre anglophilie, votre attachement à une Angleterre magnifiée.

FR : Oui. Bien sûr. Elle me vient du début, de l’époque où ma grand-mère me lisait David Coperfield ou La petite Dorit. L’idée d’Angleterre, elle était dans ma tête. Après, c’est venu de manière plus réelle, plus précise avec des lectures. Cela a aussi commencé avec Le Club des Cinq même si l’action ne se situe plus en Angleterre dans les traductions françaises. Et puis La Marque Jaune entre autres. Il y a aussi des séjours que j’ai pu y faire assez tôt. J’ai finalement connu Londres avant Paris. Cela s’est ensuite enrichi. Il y a des sédiments qui sont arrivés pour conforter cette affection pour l’Angleterre.

KLI : Mêler personnages réels et personnages de fiction, c’est aussi quelque chose qui revient souvent chez vous.

FR : C’est vrai. Il y a cette envie de brouiller un peu les pistes comme dans un jeu où on s’amuse avec les lecteurs. Dans Les Chroniques d’Oliver Alban, il y a une chronique consacrée à un auteur imaginaire. Ca, c’est la chose la plus simple. C’est amusant aussi d’imaginer des aventures romanesques et de les lier à la vie de quelqu’un qui a existé. Dans Villa Mauresque, notre prochain livre avec Floc’h, je fais parler Sommerset Maugham et différentes personnes de son entourage. En même temps, il n’y a quasiment rien d’imaginaire. Les dessins de Floc’h vont créer quelque chose de finalement presque plus imaginaire que le texte même si c’est aussi réaliste que possible. On est là dans la biographie justement. Il n’y a pas du tout de passage inventé.

KLI : Comme dans votre dernier roman, Le mariage de Kipling, une fiction fantasmée.

FR : Dans ce cas, c’est d’abord parce que j’ai trouvé une matière qui était quasiment un sujet de roman, un épisode défini que je pouvais interpréter à ma manière mais qui était quand même presque un cadeau. Là, c’est un jeu. Comment se mettre à la place de quelqu’un, comment imaginer les choses, avec un ancrage dans la réalité, en partant de choses très réalistes y compris dans les décors et les personnages ? C’est un peu comme si on récréait de la réalité.

KLI : Il y a aussi une forme de nostalgie dans tout votre travail. On vous sent finalement plus proche du XIXème et des deux premiers tiers du XXème siècle que de l’époque contemporaine…

FR : Je n’ai jamais aimé le moment présent et cela me pose effectivement pas mal de problèmes. Cela veut dire que j’aurai été très mal à l’aise du début à la fin avec des compensations quand même ! C’est vrai, je suis très nostalgique. J’adore lire des biographies parce que cela résume, cela raconte l’histoire de quelqu’un, une histoire finie.

KLI : Un ouvrage comme Les héros de notre enfance me semble emblématique de votre tendance nostalgique puisqu’il vous permet de revenir à des lectures de jeunesse.

FR : J’aime bien ce livre. Déjà je l’ai trouvé réussi et assez beau lorsqu’il a été publié. Et puis il y a eu comme une récompense à découvrir après coup les gens qui pouvaient s’intéresser à un ouvrage comme celui là. Quand il est sorti, j’ai fait des signatures et j’ai vu des personnes pas très jeunes, nostalgiques de tout ça ou de certains personnages. C’était un accueil vraiment différent de celui qu’on peut avoir avec un roman ou une biographie d’un personnage précis qui ne retient finalement l’attention que des gens que cela intéresse. Là, c’était différent, il y avait quelque chose dans l’intérêt des gens pour ce livre. Sans avoir l’air d’être un peu pédant, j’ai vu des gens très simples, qui ne sont pas ou peu lecteurs mais qui avaient feuilleté le livre et y avaient retrouvé tel ou tel personnage qui égayait leur enfance. C’est important aussi de faire des livres qui durent et qui s’installent dans le temps même s’ils ne sont pas des best-sellers. C’est un cadeau et il faut vivre assez vieux pour le mesurer.

KLI : Il y a assez peu d’humour dans vos créations alors que vous aimez Wodehouse…

FR : C’est vrai. Pour moi, c’est la chose la plus dure à faire. Si, un jour, j’arrivais à écrire un livre drôle, je serais très fier de moi. L’humour en BD, cela existe. Il y a des choses vraiment très bien dans ce registre. L’équivalent de Wodehouse en BD ? Il me semble que c’est quand même un humour littéraire, de dialogues donc pas facilement reproductible en BD.

KLI : Chez Wodehouse, il y a aussi de l’humour de situations.

FR : Oui. On pourrait montrer cela en dessin. Mais, au fond, c’est mieux encore à la lecture car on imagine. Je n’ai pas de prédisposition à l’humour. J’essaye d’en avoir un peu dans la vie courante. Alors que j’aime effectivement des auteurs qui en ont beaucoup. Il y a un côté répétitif quelquefois dans l’humour littéraire ou un peu fabriqué. Hergé disait qu’il avait plus de mal à faire Quick et Flupke que Tintin. Il ne se rendait pas compte que c’était Tintin qui allait le consacrer et lui assurer un fauteuil pour l’éternité. Beaucoup de gens qui ont lu Tintin ne connaissent d’ailleurs pas Quick et Flupke. Même si Hergé était de manière générale un grand humoriste.

KLI : Quand l’idée vous vient de traiter tel ou tel thème, tel personnage, comment se fait l’arbitrage de l’aborder sous forme de roman, de biographie, de bande dessinée… ?

FR : Cela dépend. Il y a des personnages qui viennent naturellement pour être des personnages de fiction. C’est très à la mode actuellement de raconter des écrivains ou des artistes et de les mettre en scène sous forme de roman. Il y a un penchant pour les biopic. C’est un terme de cinéma qu’on applique improprement à la littérature car le pic de biopic, c’est pour image.

Dans la bande dessinée que j’ai signée avec Federici, j’ai choisi de mettre Henry James en scène dans l’histoire. Je l’ai fait au moment où sortaient deux romans anglais qui en faisaient également un personnage de fiction. Pour mon roman Le mariage de Kipling, la chance que j’ai eue au fond, du moins pour moi, c’est que personne ne l’avait à ma connaissance mis en scène comme personnage de roman sinon comme apparition d’ailleurs très réussie dans le film L’homme qui voulait être roi.

L’idée de Bocquet et Fromental autour de la vie d’Hergé était une très bonne idée, faire une biographie d’un auteur de BD en bande dessinée.

Le personnage d’Albany était né avant ma rencontre avec Floc’h mais sous une forme différente. C’était déjà un personnage que j’avais mis dans Fabriques, le roman qui est sorti en même temps que Le rendez-Vous de Sevenoaks. C’était une sorte de pseudonyme que je me donnais dans ma tête.

KLI : Quels sont vos projets ?

FR : J’ai pas mal de projets en cours mais je préfère ne rien dire. Le bon vieux Jacobs m’a appris à me méfier… Je peux quand même vous annoncer que Villa Mauresque, le roman graphique avec Floc’h, paraîtra en mai 2013 à La Table Ronde / Dargaud.

 

Interviews réalisés par Jean-Bernard LAUZE

Copyright Klare Lijn International

QUAND AVRIL RENCONTRE DRUILLET…

Avril Druillet

Cela peut paraître totalement délirius de prime abord mais c’est bel et bien une réalité !

Jusqu’au 28 mars, la galerie parisienne Barbier propose à ses visiteurs une exposition de créations à quatre mains de François Avril et de Philippe Druillet intitulée Apocalypses.

C’est Avril, l’esthète de la ligne frêle, adepte des compositions minimalistes et du juste trait, qui a proposé à son doppelgänger, Druillet, le maître de la saturation graphique, minutieuse et fulgurante, d’unir leurs talents.

Certains pourront se dire « Mais c’est le jour et la nuit ! Cela sent le mariage de la carpe et du lapin… Sauve qui peut ! »

Qu’ils soient rassurés. D’une part car ce n’est pas une première pour Avril. N’oublions pas ses créations à quatre pinceaux avec Claude Viallat ou à six crayons avec Dominique Corbasson et Emmanuel Pierre. D’autre part car Druillet a toujours affiché un attrait pour ligne claire d’Hergé. Même s’il a été l’un des premiers à casser les codes de la bande dessinée franco-belge, il comprend cette dernière et sait l’apprécier.

L’étonnante conjugaison de deux styles en opposition totale se révèle fort convaincante et nous propose des voyages (et pas que six) dans des paysages hallucinés. Qu’il s’agisse d’univers urbains ou de rivages – seaside in english – ce sont de vrais mirages graphiques qui sont offerts à nos yeux stupéfaits.

Un peu comme si un voleur de ballerines nous entrainait par le chemin des trois places pour rejoindre Carthage où nous attendrait Salammbô.

Une exposition improbable qui va assurément faire le Vuzz !

A noter qu’un catalogue des œuvres exposées a été édité, à tirage limité, par la galerie Barbier.

Pour plus d’informations :

. le site de la galerie Barbier

. le numéro 122 de l’émission Interdit d’interdire qui recevait les deux artistes.

Illustrations copyright Avril, Druillet & Galerie Barbier

JAN VAN DER VEKEN CELEBRE L’AGNEAU MYSTIQUE

Agneau Mystique Couverture

Tout au long de l’année 2020, la ville belge de Gand célèbre Jan Van Eyck, l’un des plus grands peintres de l’art flamand du XVe siècle avec notamment une présentation inédite, après plusieurs années de restauration,  de l’Agneau Mystique, son célèbre retable peint avec son frère Hubert.

C’est donc fort à propos que les éditions Casterman nous propose un livre entièrement consacré à la folle histoire de ce chef d’œuvre. Depuis son achèvement en 1432, le moins que l’on puisse dire est que l’Agneau Mystique aura connu un nombre incalculable d’aventures en tous genres qui verront ces panneaux séparés, déplacés, copiés, protégés, vendus, cachés, volés… au fil des vicissitudes des siècles passés.

Agneau Mystique illustration

Le récit proposé par l’historien Harry de Paepe est prenant de bout en bout ! Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher.

Il est servi par de sublimes illustrations de l’artiste gantois, maître ès ligne claire, Jan Van der Veken au trait toujours aussi élégant et inspiré. On regrettera simplement que l’ouvrage n’en propose pas plus d’une douzaine, moins que les panneaux de retable.

Un livre captivant qui donne envie d’aller à Gand !

Illustrations copyright Casterman & Jan Van der Veken.

MEILLEURS VOEUX

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Parce qu’elle nous montre un personnage tranquillement assis sur un banc face à un panorama apocalyptique, cette belle illustration ligne claire signée du talentueux Aurélien MAURY a retenu tout notre intérêt à l’heure de vous présenter nos bons vœux pour cette nouvelle année.

En effet, on peut y voir le symbole d’un humain flegmatique qui sait s’adapter avec calme et sang froid aux pires difficultés. Un bien beau message en ces temps de discours catastrophistes !

Cette affiche a été éditée par les éditions Tanibis à seulement 100 exemplaires (format A3). Vous pouvez la commander ici : www.tanibis.net

Et pour suivre l’actualité d’Aurélien MAURY, rien de mieux que son blog : http://aurelienmaury.blogspot.com/

LES RIVAGES D’AVRIL

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En cette fin d’automne, Champaka Brussels nous propose un nouveau volume de sa collection Square.

Signé François AVRIL et intitulé Seaside, il nous donne à voir et admirer – comme son titre anglais l’indique – plusieurs peintures récentes de l’artiste ayant pour même thème les bords de mer.

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Une fois de plus, avec sa ligne pure et ses teintes harmonieuses, AVRIL nous invite à un périple envoutant.

Tout comme pour ses compositions autour de la ville, son autre sujet de prédilection, AVRIL nous fait voyager dans son imaginaire, le long de côtes d’un premier abord irréel mais seulement en apparence. En effet, il est manifeste qu’elles sont issues de la fine observation voire contemplation de multiples paysages réels que l’artiste a su synthétiser dans des interprétations picturales de toute beauté.

Nous ne pouvons que vous inciter à suivre AVRIL en ses rivages minimalistes et habités.

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Tirage limité à 2500 exemplaires numérotés et signés.

Contenu à découvrir ici : www.dupuis.com

Illustrations copyright François Avril, Champaka Brussels – Dupuis

FABRICE PARME NOUS ECLAIRE SUR LA DERNIERE AVENTURE D’ASTRID BROMURE

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On va vous faire une confidence. Toute la famille Klare Lijn se précipite sur chaque nouvel opus d’Astrid Bromure, l’épatante héroïne de Fabrice Parme. C’est toujours avec plaisir que petits et grands, nous retrouvons Astrid et toute la galerie de personnages qui l’entourent (son père, sa mère, Fritz, Gatsby, Miss Poppyscoop, Benchley, Madame Dottie…).

Le cinquième volume de ses aventures intitulé Comment refroidir le Yéti, dernièrement publié aux éditions Rue de Sèvres, ne nous a pas déçus.

Comme à son habitude, Fabrice Parme y démontre sa virtuosité graphique et son talent de narrateur. Son dessin d’une clarté magnifique sert à merveille une aventure pleine de rythme, de rebondissements, d’humour et d’intelligence. Car l’artiste, avec Astrid Bromure, ne cherche pas simplement à distraire, amuser, faire rire son lecteur mais aussi à le faire réfléchir à des sujets contemporains. Cette mission d’éducation par la bande dessinée, Fabrice  Parme l’assume avec brio, sans lourdeur pédagogique, par le biais d’un récit savamment construit, d’un découpage intelligent, de textes et dialogues bien sentis. Une vraie œuvre d’auteur soucieux de proposer à son – plus ou moins jeune – lectorat un moment de divertissement mais aussi de réflexion sur le monde qui l’entoure.

Autant de bonnes raisons de poser quelques questions à Fabrice Parme. Merci à lui d’y avoir répondu avec d’infinies précisions et d’avoir su nous éclairer !

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Strip

Klare Lijn International : Après la petite souris, les fantômes, l’enfant sauvage, le monstre du Loch Ness, voici Astrid Bromure « confrontée » au Yéti. Pourquoi ce choix ? Les mauvaises langues – dont je ne suis pas – pourraient avancer le choix du Yéti par positionnement stratégique et savant calcul commercial. En effet, le Migou est très tendance actuellement avec Abominable, l’adorable homme des neiges, film d’animation des studios Dreamworks qui fait suite à un Yéti et Compagnie sorti en 2018.

Fabrice PARME : Aucun calcul commercial de ma part et de celle de Rue de Sèvres. J’ai découvert début septembre l’existence du film Abominable et qu’il sortait à la même date que Comment refroidir le Yéti. C’est une coïncidence ou alors, je colle à l’air du temps sans le vouloir. L’embryon de mon histoire de Yéti était dans les tiroirs depuis déjà quelques années. Mon choix n’est pas lié à une mode mais à l’actualité : la question des réfugiés climatiques.

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Les protagonistes du récit – dessin définitif

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Les protagonistes du récit – ébauche

KLI : Comme ses congénères animés, votre homme des neiges est tout sauf abominable. Comment expliquez-vous cette approche similaire du personnage ?

FP : Je n’ai pas vu ces deux films et j’ignore le raisonnement de leurs auteurs et pourquoi nous aboutissons à des personnages similaires. Pour ma part, j’avais plutôt en tête le premier livre de l’ours Paddington – A Bear Called Paddington – et son adaptation cinématographique, ainsi que la conclusion de Tintin au Tibet et le film King Kong de 1933. La peur de l’autre, la place de l’étranger, la xénophobie, les préjugés racistes. J’avais aussi en tête ce qu’explique Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pratique sur le devoir de ne jamais mentir et les liens sémantiques entre hospitalité et hostilité. L’hôte est celui qui reçoit mais aussi celui qui est reçu.

À la fin de Tintin au Tibet, Tchang dit en parlant du Yéti : « Eh bien ! moi, je souhaite qu’on ne le trouve jamais, car on le traiterait comme une bête sauvage. Et pourtant, je t’assure, Tintin, il a agi avec moi d’une telle façon que je me suis parfois demandé si ce n’était pas un être humain… » et Tintin répond par une dernière question : « Qui sait ?… ». Je suis parti de cette conclusion humaniste et ouverte. Si le Yéti est un « abominable HOMME des neiges », il n’est donc pas un « abominable ANIMAL des neiges ». Le Yéti est un humain a priori jugé abominable parce que sa différence et sa singularité font peur.

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Recherches pour le Yéti

KLI : Est-ce que la définition graphique de votre Yéti a été facile ou bien laborieuse avec plusieurs essais ? Est-ce que vous vous êtes documenté comme l’avait fait Hergé pour Tintin au Tibet en lisant des ouvrages sur le Yéti ou en observant le traitement de cet être mystérieux dans d’autres univers graphiques et d’autres bandes dessinées ? Vous semblez ne pas avoir tenu compte du « scalp de Pangborchi » puisque votre Yéti n’a pas cette espèce de « casque pointu avec une arrête qui part de la naissance du front jusqu’au sommet du crâne pour redescendre à la base, arrête couverte de poils de la même couleur que les cheveux, roussâtres, marron foncé par endroits ». Nous reprenons ici des éléments d’un dossier complet sur le Yéti de Tintin au Tibet publié dans la dernière revue des Amis de Hergé.

FP : Je n’avais qu’un seul personnage nouveau à créer pour ce tome 5. J’y ai passé du temps. Il fallait qu’il s’intègre graphiquement aux caractères créés depuis le début de la série. Je me suis documenté. J’ai réuni des tas d’images du Yéti, des textes, je me suis même intéressé aux rhinopithèques découverts assez récemment et que Hergé ne connaissait probablement pas. Et puis à force de gribouiller en rond et de réfléchir dans tous les sens, je suis arrivé à ce personnage dont le physique et la coupe de cheveux un peu ridicule collent au caractère.

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Recherches pour le Yéti

Dans les albums d’Astrid Bromure, le blanc est utilisé comme une couleur. Le fond de la page étant toujours préalablement légèrement teinté en fonction de l’ambiance générale du récit. Nous avons adopté le blanc et le bleu pour exprimer le froid. Le Yéti est de plus en plus représenté avec ces deux couleurs. Il y a des stéréotypes que j’intègre et d’autres que je rejette. Le marron foncé des classiques primates me semble dépassé parce qu’inadapté. Pourquoi une espèce vivant dans la neige refuserait d’adapter son pelage ou la couleur de sa peau à son environnement, la spéciation des espèces est aussi valable pour les créatures imaginaires, non ?
Mon Yéti est un nègre blanc. Qu’un étranger qui débarque en Occident soit plus blanc que blanc, ça m’amuse. Surtout pour embêter les éditeurs américains qui refusent de traduire le tome 3 sous prétexte que les pygmées ressemblent à Cirage sans Blondin. Je joue avec les stéréotypes pour les interroger et les déconstruire. Un auteur n’a pas le devoir de servir la soupe à la bien-pensance à la mode qui ne pense qu’à raboter tous les angles, même ceux des tables rondes.

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Recherches pour le Yéti 

KLI : Pourquoi les choix d’un récit urbain, essentiellement dans l’appartement de la famille Bromure, et non d’une aventure conduisant votre personnage sur les traces du Yéti dans l’Himalaya ?

FP : Je suis parti de la fin de Tintin au Tibet pour imaginer une autre histoire. J’ai inversé le processus : ce n’est pas le personnage qui va vers le Yéti mais le Yéti qui vient au personnage. Ce choix n’est pas arbitraire, du XVIème siècle à la première du XXème siècle, l’Occident à colonisé le monde alors qu’à partir de la seconde moitié du XXème siècle et au XXIème siècle, ce sont les anciens colonisés qui viennent et viendront en Occident. Pas pour le coloniser mais parce que les bouleversements politiques, économiques et surtout climatiques redistribuent et redistribueront les cartes. Nous nous retrouvons tous confrontés à des problèmes que les discours démagogiques de certains politiciens de droite ou de gauche ne suffiront pas à résoudre. L’hospitalité plutôt que l’hostilité, bien sûr, mais comment ?

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Le Manoir des Bromure – Poster promotionnel

Comme nous ne sommes plus au XXème siècle, je me suis demandé si le Yéti pouvait encore être abominable. C’est un fantasme, il est à la fois humain et animal, proche et loin de nous, le chaînon manquant, ce qui relie l’Homme aux autres primates. Il faisait peur parce qu’il nous révélait notre part d’animalité. Mais les théories racistes des années 1930 sont dépassées et ce mythe n’a plus la même charge et le même sens. Le Yéti est devenu sympathique et porteur de valeurs humanistes voire écologiques.

Comme tous les humains, mon Yéti cherche les relations sociales et à trouver sa place dans le groupe. La société contemporaine est mondialisée et de plus en plus urbanisée. Faire venir le Migou en ville me paraissait plus actuel que de faire grimper des citadins jusqu’au sommet de sa montagne.

Ma prémisse s’est alors imposée : Astrid veut aider le Yéti à trouver sa place en ville. Pour avancer, j’ai besoin de commencer par tout résumer en une seule phrase mais avant d’y parvenir, mes réflexions sont disparates, paradoxales et brouillonnes. Il m’a fallu plusieurs mois pour mettre le doigt sur ce pitch. La Ligne Claire n’est pas seulement une manière de dessiner mais aussi et surtout la recherche d’une écriture et d’une narration limpides.

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Le Manoir des Bromure – Crayonné pour poster promotionnel

La première conclusion de mon récit ne fonctionnait pas. Le Yéti restait dans le grenier du manoir des Bromure à attendre que les choses se tassent. Comme c’était frustrant, la réaction de mon éditrice fut : « ton Yéti doit retourner dans sa montagne », ce que je refusais parce qu’aux antipodes de ce que je souhaitais exprimer. Mais comme je suis toujours très attentif aux remarques intuitives de mon éditrice, j’ai poussé ma réflexion plus loin : qu’est-ce qui pourrait justifier qu’un étranger puisse s’imposer dans une culture qui lui est plus hostile qu’hospitalière ? La réponse était dans Les vilains petits canards. Boris Cyrulnik y explique que l’artiste est celui qui pose dans la culture ce qui n’y était pas avant, une pierre blanche. Le Yéti ne pouvait trouver sa place que grâce à un talent particulier, ne pas réussir par sa chance mais par son travail. Cette idée romantico-libérale –  Jean-Baptiste Say et sa célèbre déduction : « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits » – m’est apparue comme la seule conclusion possible. Parce que le Yéti se rend indispensable, il ne peut être que définitivement sympathique.

Cette matière première en tête, il fallait que je transforme des concepts en actions pour être accessible aux enfants.

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Travail préparatoire

KLI : Finalement, pour ce nouvel Astrid Bromure, vous étiez plutôt King Kong que Tintin au Tibet. Avez-vous envie de procéder comme le font les auteurs d’Astérix en alternant albums se situant au village gaulois et récits dans d’autres contrées ?

FP : Oui, j’étais plus King Kong que Tintin au Tibet ! Mon Yéti se réfugie au sommet d’une tour et il est menacé par un avion qui patrouille sans cesse. Encore une  fois, je pars d’une histoire universelle pour la déconstruire et en imaginer une autre.
Dans le tome 1, tout se passait dans le manoir familial. Dans le tome 2, Astrid allait à l’école et dans le tome 3, elle se rendait au jardin qui était magnifié en jungle. Maison, école, square ; trois lieux banals de l’enfance. Dans le tome 4, elle allait ailleurs, rendre visite à un oncle, retour aux origines familiales avec ses secrets et ses tabous. Dans le tome 5, je souhaitais qu’Astrid revienne à la maison, que l’histoire soit un huis-clos ou une pièce de théâtre. Je souhaitais retrouver un peu du minimalisme du premier tome, me rapprocher d’une structure en 3 actes avec ses 3 unités. Ce manoir n’a pas encore été exploré et il est plein de possibilités. Je vais m’y poser quelques temps avant de retourner en Écosse, au Gabokonga ou ailleurs.

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Travail préparatoire

KLI : Votre Yéti se retrouve finalement au centre d’une tension familiale marquée entre le père et la mère d’Astrid, cette dernière se montrant particulièrement énervée dans ce nouveau volume. Le père en prend également pour son grade, objet permanent de quolibets. Qu’est-ce qui vous motive à dépeindre des situations familiales un peu orageuses ? Pour ne pas sombrer dans les clichés traditionnels d’un Jo et Zette et coller avec l’environnement que peut rencontrer votre jeune lecteur ou jeune lectrice d’aujourd’hui ?

FP : Les parents d’Astrid ont quelque chose, graphiquement, de Monsieur et Madame Legrand, les parents de Jo et Zette. Mais je n’ai pas les contraintes qu’avait Hergé avec le catholique hebdomadaire Cœur Vaillants. Nicéphore et Pandora Bromure ne sont pas des parents parfaits et ne sont pas les seuls adultes au foyer. Astrid est une enfant solitaire qui grandit entourée d’adultes. Son éducation est faite par l’ensemble de ces figures. Il y a une colère chez la mère d’Astrid que je ne m’explique pas, elle vient naturellement. C’est une femme coincée dans sa posture sociale, une grande-bourgeoise, une aristocrate. Elle est bourrée de principes mais elle n’est pas méchante, elle est seulement maladroite. En revanche, le père est un self-made-man, un parvenu pas encombré de codes comme son épouse. Monsieur et Madame Bromure veulent le meilleur pour leur fille mais ne savent pas trop s’y prendre. Heureusement, les raisonnables Benchley, Madame Dottie et Mademoiselle Poppyscoop pallient ces manques et permettent à Astrid de relativiser. Si’l y a une modernité, c’est d’admettre que tous les adultes qui entourent un enfant participent à son éducation, pas seulement ses parents.

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PlancheABT5-dec-P01.jpgTravail préparatoire

Les parents d’Astrid sont un assemblage de plusieurs personnes précises. Par exemple, quand je me mets dans la peau de Pandora Bromure, je pense principalement à trois femmes et je me dis : comment réagiraient-elles dans cette situation ? À ne pas douter, elles gronderaient comme l’orage et éclateraient sans cesse parce qu’incapables d’exprimer le fond de leurs sentiments. J’amplifie les choses parce que la caricature est toujours plus drôle que la version originale mais je n’aurais pas pu donner des parents différents à Astrid. Il y a toujours une part d’autobiographie dans la fiction et il faut savoir mentir pour dire la vérité.

Le foyer d’Astrid est une société en miniature. Ce tome 5 est un huis-clos. Il me fallait exprimer les oppositions entre les partisans de l’hospitalité et ceux de l’hostilité. Opposer les deux parents d’Astrid m’est apparu comme une évidence. Astrid au centre étant tiraillée. Que faut-il faire ? Livrer ce Yéti aux autorités (hostilité) ou le protéger (hospitalité) ? Madame Bromure, qui cherche toujours à respecter les règles, se place du côté des autorités, Monsieur Bromure, libéral, cherche au contraire à défendre d’abord l’individu. Et c’est là que j’ai eu besoin d’Emmanuel Kant pour installer la situation. À la fin, et parce que le Yéti trouve sa place, Madame Bromure se montre plus hospitalière qu’hostile.

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KLI : La presse est également tournée en dérision dans ce nouvel Astrid avec ses fausses informations sur le Yéti. Est-ce que cela répond à un souci d’éducation de votre lectorat pour l’appeler, en ces temps de fake news, à de la vigilance sur l’information que lui apporte les médias ?

FP : Exactement ! L’information en continu et les réseaux sociaux, pour la désinformation, on n’a pas inventé mieux ! Ce n’est plus mentir pour dire la vérité mais mentir pour mentir, pire, mentir pour faire parler de soi. Regardez le journal télévisé, désormais, le journaliste apparaît à l’image et se met en scène ! il ne commente plus ce qui se passe en mode « eux, ils », il sombre dans la mise en scène. Selfie, nombrilisme en mode « moi, je » à tous les étages ! Le journalisme, à force de phrases courtes qui claquent comme des slogans pour aguicher les lecteurs de sms qui gazouillent, a tué la littérature. Je ne parle pas des journalistes d’investigation qui font un vrai travail de fond nécessaire et indispensable. Eux, font de la littérature.

Il faut du temps et de l’espace pour exprimer ce qui s’est vraiment passé. Le formatage du journalisme, contraint par le manque de temps et d’espace ne peut pas rendre l’épaisseur des faits. À force d’être dans l’urgence et de dénoncer tout et son contraire, on est incohérent comme un gilet jaune et n’importe quel mensonge devient une vérité et inversement.

Donc, expliquer avec humour cette situation à des enfants peut les faire réfléchir. Je fais des albums pour enfants pour éveiller leur esprit critique. Astrid a cet esprit critique. C’est ce qui en fait une héroïne. Je m’adresse d’abord aux enfants pas pour me réfugier dans la nostalgie de la mienne mais parce que les enfants sont l’avenir de l’humanité. Je n’ai pas envie de leur offrir des divertissements écervelés.

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KLI : On peut comprendre la volonté de votre éditeur de proposer un petit format aux jeunes lecteurs avec un prix attractif mais n’avez-vous pas le sentiment que votre dessin mériterait un format plus grand pour permettre à ceux qui comme moi ont la vue qui baisse de ne pas avoir à prendre une loupe pour apprécier les détails de vos cases et planches ? Est-ce qu’il serait envisageable que les aventures d’Astrid soient reprises un jour en noir et blanc en grand format ?

FP : J’aime bien les miniatures mais avec l’âge, j’ai la vue proche en baisse aussi. Pour les enfants, des petits détails ne posent aucun problème. Les enfants peuvent coller leur nez sur une image et regarder tous les points des trames colorés et même voir le grain du papier. J’ai souhaité ce format mais j’avoue qu’un plus grand format réservé aux grands enfants serait bien aussi. Mais c’est à mon éditeur de décider des possibilités commerciales. Peut-être faudrait-il publier Astrid Bromure dans deux formats…

Ces albums sont pensés pour être en couleur. La gamme colorée est même décidée avant même que la moindre page soit découpée. J’aime bien que tout s’imbrique. Si la couleur n’était pas utile pour la narration et les ambiances, l’album serait en noir et blanc. Prenez la quatrième image du troisième strip de la page 7, un carré gris coloré, minimaliste, seulement de la couleur.

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Deux ouvrages collectifs auxquels Fabrice Parme a collaboré

KLI : Est-ce que votre prochain album sera un nouveau Astrid Bromure ou bien envisagez-vous une pause avec un autre projet ? Par rapport à vos récentes collaborations à des hommages à Astérix et Mickey, est-ce qu’on peut considérer qu’elles constituent des formes de respirations pour vous entre deux volumes d’Astrid Bromure et vous suffisent pour souffler et vous régénérer avant de partir sur une nouvelle aventure ?

FP : Ces deux planches hommage sont venues comme des récréations.

Je ne pouvais pas refuser l’hommage a Astérix qui m’était gentiment proposé par les Éditions Albert René parce que j’aurais déçu l’enfant de huit ans qui demeure encore en moi. En dessinant cette page, j’ai aussi repensé à toutes les anecdotes que Guy Vidal me racontait sur René Goscinny (surtout) et sur Uderzo (un peu). Je me suis bien amusé, sincèrement.

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Un strip de l’hommage à Astérix – Dessin définitif, crayonné et ébauche

Pour l’hommage à Mickey, j’ai accepté parce que mon arrière-grand-père imprimeur collectionnait et reliait scrupuleusement le Journal de Mickey depuis son premier numéro en 1934. Il faisait aussi de petites bande dessinées pour son plaisir. Quand ma mère était enfant, elle lisait Mickey dans ses gros volumes reliés. La bande dessinée a toujours eu une bonne place dans ma famille. Glénat m’a demandé si je souhaitais faire un album de Mickey complet mais j’ai refusé parce que le cahier des charges imposé par Disney est trop contraignant et la censure impossible. Je ne peux pas passer ma vie à repenser chaque image parce que quelque part, un imbécile y voit ce qui n’y est pas. Par exemple, Mickey ne peut pas manger de fromage parce que ça le renvoie à son animalité, je devais comprendre que Mickey est un humain et pas une souris. Quand j’entends ça, je me dis que ça ne veut rien dire ou que le type qui est aux commandes a perdu la tête. Dommage parce que ce sont des personnages riches et agréables à animer.

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Un strip de l’hommage à Mickey – Dessin définitif et deux crayonnés

J’ai plusieurs projets dans mes cartons mais pour l’instant, je ne me lasse pas d’Astrid Bromure et j’ai encore beaucoup d’histoires à lui faire vivre. Je travaille sur plusieurs récits à la fois. Celui qui me semble plus mature s’impose comme le tome suivant. Il n’y a pas de stratégie commerciale ou plutôt si : faire de bons livres. Le tome 6 s’intitulera Comment fricasser un lapin russe. Pour l’écrire, je me suis replongé dans Agatha Christie et P.G. Je voulais d’abord faire un whodunit teinté de comédie, mais ça a évolué vers quelque chose de plus poétique…

KLI : Merci Cher Fabrice pour ces éclairages toujours très instructifs ! Et à bientôt pour une nouvelle aventure d’Astrid avec un lapin russe pour nouveau comparse.

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Pour en savoir plus :

  • Le blog de Fabrice Parme
  • Le site de Rue de Sèvres

Illustrations Astrid Bromure copyright Fabrice Parme & Rue de Sèvres – Astérix copyright Fabrice Parme & Albert René, Uderzo & Goscinny – Mickey copyright Fabrice Parme & Disney – Glénat.

ENTRETIEN AVEC HUGO PIETTE / SEULS SONT LES INDOMPTES

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Chez Klare Lijn International, cela fait longtemps que l’on considère Hugo Piette comme l’un des principaux rénovateurs actuels du style ligne claire. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que nous avons choisi l’un de ses dessins pour le bandeau de notre site ! Ses séries Poncho et Semelle (Sarbacane) et Varulf (Gallimard BD), l’album Happy Birds (Delcourt), ses courts récits ou illustrations (pour Capsule Cosmique, le Journal de Spirou…) ont déjà montré tout son talent pour créer des univers graphiques s’inscrivant tout à la fois dans la continuité de la BD franco-belge mais aussi dans une modernité assumée.  La découverte de sa dernière bande dessinée, Seuls sont les Indomptés (Sarbacane – collection Tales of America), adaptation par Max de Radiguès du roman éponyme de l’écrivain américain Edward Abbey (1927-1989), est de notre point de vue une étape importante dans le parcours de Hugo Piette. En effet, son trait ligne claire, tout en gardant son énergie et sa liberté, y prend une orientation plus réaliste pour coller à une œuvre littéraire prêtant beaucoup moins à la fantaisie par sa noirceur et la force de ses messages. En effet, Seuls sont les Indomptés  dresse avant tout le portrait d’un cavalier solitaire dans l’Amérique des années 50, un homme libre qui assume le choix de vivre en dehors de la modernité, dans la nature sauvage du Nouveau-Mexique, et qui devient l’objet d’une traque sans pitié par les autorités pour avoir fait valoir ses convictions. Tant par son dessin dynamique, son découpage entraînant, la fluidité de sa narration, l’adaptation signée Piette et de Radiguès est une vraie réussite. Autant de bonnes raisons de questionner le dessinateur que nous remercions pour sa disponibilité, ses réponses éclairantes et les dessins inédits proposés pour l’illustration de notre échange.

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Planche définitive

Klare Lijn International : On peut considérer que Seuls sont les indomptés marque une évolution dans votre parcours d’auteur de bande dessinée tant par son thème, sa tonalité générale que par son traitement graphique beaucoup plus réaliste. Est-ce que ce livre répond à une volonté de changement de registre ?

Hugo PIETTE : Oui. Depuis quelques années j’avais envie de travailler dans un style de dessin plus semi-réaliste. Je donne un atelier BD à Saint Luc Liège et j’avais remarqué que lorsque je réalisais des dessins ou des découpages pour expliquer certains cours, je dessinais spontanément dans ce style graphique moins cartoon, moins « humour ». Je voulais aussi quelque chose qui se rapproche de ce que je pourrais faire en croquis d’après nature. Cela reste assez classique, pas très loin de la ligne claire… J’avais réalisé une histoire courte pour les 24h BD 2017 et j’avais dessiné dans cette direction graphique là. Cela m’avait beaucoup plu. Mais je n’avais pas encore de projet me permettant d’explorer cette veine graphique. Lorsque l’occasion s’est présentée, j’ai pris la balle au bond. Mais je ne délaisse pas l’autre style pour autant. Tout ce que j’ai réalisé avant continue de nourrir mon travail.

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Travaux préparatoires

KLI : Qu’est-ce qui vous a motivé dans l’adaptation du roman d’Edward Abbey ? Vous connaissiez ce roman ou bien le film qui en a été tiré avec Kirk Douglas et Gena Rowlands ?

HP : Je ne connaissais ni l’auteur, ni le livre, ni le film… C’est Max de Radiguès qui m’en a parlé lorsque l’on travaillait ensemble à Saint Luc. Il m’a expliqué avoir un projet d’adaptation et qu’il me verrait bien le faire. J’ai lu et assez rapidement j’ai accroché, tant à l’histoire qu’aux images qui en ressortaient. Abbey a une écriture assez visuelle. C’est un amoureux de la nature, des gens, et il prend le temps de tout décrire. Assez vite des images me sont apparues. Pouvoir mélanger des grands paysages du Nouveau Mexique, ce cowboy et la modernité des années 1950, ça me motivait pas mal. Et puis je trouve le sujet  assez contemporain. Cet homme qui refuse de se soumettre à la modernité, qui refuse de rentrer dans les rangs, et ne vit que selon le mode de vie qu’il a choisi. C’est très intéressant. Je n’ai toujours pas vu le film, je ne voulais pas être influencé, et Max non plus. On doit se faire une séance pour rattraper ça. Il parait que c’est un très bon film.

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Planche définitive

KLI : Ce n’est pas votre première collaboration avec un scénariste par ailleurs dessinateur. Est-ce que le travail avec Max de Radiguès était différent de vos expériences passées. En quoi ?

HP : On se connaît depuis pas mal d’années. En 2016, on avait réalisé à 4 mains une histoire courte et on s’était toujours dit que si l’occasion se présentai,t on collaborerait ensemble à nouveau. J’aime son travail. Il a une façon bien à lui de raconter des histoires, d’amener des dialogues, des non-dits, de construire des personnages intéressants, qui ont du fond, leur histoire à eux, leurs relations. Et il a su amener tout cela dans sa vision du livre d’Abbey lorsqu’il a fallu l’adapter en scénario. Dès le début ça a très bien matché. Max a écrit un texte plus qu’un scénario. Il y décrit des scènes, des dialogues, mais m’a laissé beaucoup de place pour que je puisse m’y inscrire. On a beaucoup échangé lors de l’écriture du texte puis lorsque j’ai réalisé le découpage. On a fait du ping-pong, et on s’est  bien amusés. Ce n’était pas du tout une relation scénariste/dessinateur où le dessinateur reçoit un scénario terminé et n’a plus qu’à dessiner… De plus, Max m’a bien soutenu pendant la réalisation car ça n’a pas toujours été facile… Une super expérience.

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Travaux préparatoires

KLI : Pour votre dessin, quelles étaient vos principales envies ? Est-ce que votre choix d’un plus grand réalisme s’est fait rapidement ? Avez-vous fait beaucoup d’essais avant d’arriver au style qui vous semblait adapté ? Quelles étaient vos principales références ou sources d’inspiration qu’il s’agisse de bandes dessinées, de photographies, de films… ? Quels étaient les ouvrages ouverts sur votre table à dessin ou tablette graphique pendant la réalisation de votre livre ?

HP : Frédéric Lavabre, l’éditeur de Sarbacane, avait acheté les droits d’adaptation du livre d’Abbey. Les ayants droit américains, à savoir la veuve d’Edward Abbey, avait demandé à recevoir des essais de différents auteurs afin de pouvoir s’assurer d’une certaine cohérence avec le roman. Je crois que nous étions trois dessinateurs pressentis. J’avais deux semaines pour réaliser quelques dessins. A la place, j’ai fait deux pages couleurs plus des dessins. J’avais une vision assez précise de ce que je voulais. C’est arrivé assez rapidement. Je m’étais déjà beaucoup documenté. La documentation était l’un des points les plus importants dans ce projet. Je voulais que ça colle. J’ai regardé de nombreux documentaires et des vidéos sur YouTube afin de me documenter sur le Nouveau Mexique, ses paysages, ses villes, etc. Je n’avais pas vraiment de bande dessinée ou de film en tête même si tous les grands classiques me traversaient l’esprit, comme Jijé, Giraud, Blain, mais aussi Mazzucchelli, Bailly, Taiyô Matsumoto, etc. Des photographes comme Stephen Shore m’ont plus influencé pour la lumière, les cadrages…

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Planches définitives

KLI : Par rapport à l’importante pagination du récit et le choix d’un gaufrier assez régulier allant de 3 à 9 cases par page, qui a pris les décisions ? L’éditeur, vous et Max de Radiguès, un peu tout le monde ?

HP : L’éditeur nous a laissé le champ libre. Avec Max nous voulions 3 strips par pages, ce qui permet d’utiliser des strips entiers pour s’attarder sur des paysages, des scènes plus calmes ou contemplatives. Et le gaufrier de 9 cases pour des moments plus rythmés. C’est surtout le rythme du récit, des séquences qui nous a poussé à choisir ce format de strips. Et au niveau du dessin, ça me donnait plus d’espace, de respiration. A noter que c’est Frédéric Lavabre qui nous a suggéré à raison le format du livre, plus petit qu’un album traditionnel, plus « américain ».

KLI : Qu’est-ce qui a dicté votre approche de la mise en couleurs avec l’alternance de séquences intérieures et extérieures, de nuit et de jour… ?

HP : Pour les couleurs, c’est le récit qui a orienté les gammes. C’est assez linéaire, l’histoire se déroule sur 4 ou 5 jours, on suit les personnages du matin au soir.couve-test-1.jpgProjet de couverture

KLI : Le dessin de couverture s’est-il imposé à vous rapidement ou bien y a t-il eu plusieurs projets ?

HP : L’idée de la couverture est apparue assez vite. Je pense que c’était le premier jet. J’ai fait d’autres essais avec d’autres choix. L’une où l’on ne voit que Jack sur son cheval, qui traverse le désert, mais ça faisait trop western. Il fallait un élément interpellant faisant écho à l’époque pendant laquelle se déroule l’histoire. L’hélicoptère était une quasi évidence. Surtout que pour nous,  Seuls sont les indomptés n’est pas tout à fait un western, plus un polar dans lequel le personnage principal est un marginal.

couve-test-2.jpgProjet de couverture

KLI : Est-ce que vous comptez continuer à approfondir cette nouvelle patte réaliste qui reste malgré tout très ligne claire au service de récits du même genre ou bien alterner avec des créations plus humoristiques dans votre style premier ?

HP : Oui, j’ai décidé de dessiner/raconter comme je le sens, comme j’en ai envie. Pour l’instant, c’est cette approche graphique qui me tient à cœur. Mais comme je l’ai dit, je ne délaisse pas mon ancien travail pour autant.

KLI : Et c’est tant mieux car on vous apprécie dans l’ensemble de vos registres ! Merci Hugo.

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Pour en savoir plus :

– sur l’album et ses auteurs : le site des éditions Sarbacane

– sur l’écrivain Edward Abbey : le site des éditions Gallmeister

Illustrations copyright Piette, De Radiguès, Abbey & Sarbacane

CA VA MIAULER A LA SEED FACTORY !

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Du 25 octobre au 27 décembre, la Maison de l’Image / Seed Factory, célèbre lieu culturel bruxellois, recueillera Philippe Geluck et son chat pour une exposition collective qui s’annonce épatante.

En effet, on pourra y découvrir des hommages spécialement réalisés pour l’occasion par une centaine de dessinateurs dont plusieurs artistes d’inspiration ligne claire (Joost Swarte, Ever Meulen, David Merveille, Alain Goffin, Patrick Regout, Laurent Cilluffo, Walter Minus, Devig,…) ainsi qu’un espace dédié à l’oeuvre originale de Philippe Geluck (peintures et sculptures).

Laurent Cilluffo

Laurent Cilluffo

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David Merveille

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Patrick Regout

Cette exposition coïncide avec la parution du nouvel album du Chat, La Rumba du Chat, aux éditions Casterman.

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Copyright Geluck – Casterman

Elle préfigure également le futur musée du Chat et du Cartoon qui s’érige en plein centre de Bruxelles.

Rappelons que chaque expo de la Seed Factory fait l’objet d’un catalogue toujours très recherché.

Le vernissage se déroulera le jeudi 24 octobre à 19h00.

Aspects pratiques :

Exposition visible du 25 octobre au 27 décembre 2019, du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00 (entrée gratuite) à la Seed Factory, avenue des Volontaires, à Bruxelles (Métro Pétillon). Fermée le week-end et les jours fériés.

Plus d’informations sur le site de Seed Factory