LE DERNIER ESPADON PREND SON ENVOL

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By Jove ! A partir de ce jour, 26 septembre, le Figaro propose de découvrir quotidiennement, sur son site internet, la prochaine aventure de Blake et Mortimer intitulée Le dernier Espadon (parution le 19 novembre aux éditions Blake et Mortimer).

C’est à lire en ligne ici.

Scénarisé par Jean-Van Hamme et dessiné par le talentueux tandem néerlandais formé par Teun Berserik et Peter Van Dongen, ce nouveau récit ligne claire sera t-il à la hauteur des espérances des nostalgiques des grandes heures de cette série mythique ? Cette prépublication nous le dira !

A noter qu’à l’occasion du 75ème anniversaire des deux héros d’Edgar P. Jacobs, plusieurs évènements et parutions sont annoncés. Cela a d’ailleurs commencé avec les sorties récentes de La fiancée de Septimus, un récit de François Rivière dessiné par Jean Harambat dans la collection Le dernier Chapitre des éditions Blake et Mortimer mais aussi de la réédition légèrement augmentée de la biographie d’Edgar P. Jacobs cosignée par le même Rivière avec Benoît Mouchart aux éditions Les Impressions Nouvelles.

Tout cela sera à suivre de près sur le site officiel de l’éditeur mais aussi sur le forum Centaur Club et le blog Blake, Jacobs et Mortimer .

Illustrations copyright Editions Blake et Mortimer, Jacobs, Van Hamme, Berserik & Van Dongen 2021

ALLAN MAC BRIDE, UN DESORMAIS CLASSIQUE DE LA LIGNE CLAIRE D’AVENTURE

La parution récente du Peuple des Sables marque le retour de l’archéologue Allan Mac Bride dans une nouvelle aventure aux éditions JYB.

Avec désormais sept titres au compteur, cette série écrite par Jean-Yves Brouard et dessinée par Patrick Dumas s’inscrit pleinement dans la tradition de la bande dessinée d’aventure de facture classique. Sans vouloir révolutionner le genre, elle contribue à maintenir dans le paysage éditorial ce courant historique avec ses codes, sa galerie de personnages marqués, ses ambiances exotiques,…

Comme pour les précédents volumes, le récit proposé par le scénariste nous conduit sur les traces d’une civilisation perdue. L’action a ici pour cadre le désert de Gobi. On y retrouve l’esprit des romans de Talbot Mundy pleins de péripéties, d’ésotérisme et d’Orient mystérieux.

La ligne claire de Patrick Dumas est toujours juste, rigoureuse et efficace, loin de toute esbroufe ou approximation. On regrette simplement qu’elle ne soit pas plus habitée par le pinceau ou la plume, son traitement numérique ne rendant pas à notre avis tout le charme du dessin du dessinateur. Il en va de même pour la mise en couleur qui nous semble parfois user de trop d’effets.

Mais on lui pardonnera bien volontiers ces touches de modernité. Après tout, au lieu de tenir un blog, nous pourrions éditer un fanzine !

Pour plus d’informations, le site de l’éditeur JYB Aventures.

REPLONGEZ DANS L’UNIVERS DE ROCO VARGAS !

Couverture

Avec son dernier album El futuro que no fue publié par Norma Editorial, Daniel TORRES nous offre un spin-off de sa célèbre série Roco Vargas, sans son héros principal – seulement visible dans un encart publicitaire autour de la linea clara cosmica – mais avec plusieurs personnages connus de la saga dont, en tout premier plan, le détective Archi Cuper, archétype du privé du cinéma hollywoodien.

C’est avec délice que l’on redécouvre cet univers rétro-futuriste dans un récit mêlant les ambiances du roman noir et de la science-fiction du milieu du siècle dernier. A l’exception d’un passage lunaire, le cadre est celui très urbain de la mégalopole de Montebahia. En ce qui concerne le propos, il est très contemporain puisqu’il s’agit d’une critique acide de notre société de consommation et des multinationales qui la contrôlent.

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Comme toujours avec Daniel TORRES, le livre est savamment construit avec une mise en abyme dans sa formule narrative et visuelle. En effet, c’est un magazine de bande dessinée dans la bande dessinée qui nous est proposé. Dès la page de garde, on découvre un numéro spécial de la revue EFQNF (El Futuro Que No Fue) de mai 1984 proposant une histoire complète d’Archi Cuper entrecoupée de publicités en lien avec l’univers de Roco Vargas. On notera au passage au détour d’une planche un clin d’oeil à la revue Cairo, célèbre magazine espagnol de tendance ligne claire des années 80 qui a contribué à la notoriété au-delà des frontières ibériques de bons nombres d’auteurs espagnols à commencer par Daniel TORRES.

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Nous ne saurions que vous conseiller la découverte de cette bande dessinée. Pour l’instant, elle n’est disponible qu’en espagnol.

En espérant une publication en français par un éditeur inspiré ! 

Pour en savoir plus et découvrir d’autres planches et illustrations de l’ouvrage :

  • le site de Daniel Torres
  • le site de Norma Editorial

Illustrations copyright Daniel Torres & Norma Editorial

LIBRE COURS A L’IMAGINATION (EN LIGNE CLAIRE)

Du 2 septembre au 16 décembre 2021, l’atelier néerlandais (Paris VIIème) organisera des séances d’échanges entre auteurs de bande dessinée français et néerlandais dans le cadre d’un cycle de dialogues baptisé « libre cours à l’imagination ».

On relèvera dans le programme la présence parmi les invités de deux artistes ligne claire, Peter Van Dongen et Erik De Graaf.

Rien d’étonnant quand on connaît l’attachement de nos amis bataves à la klare lijn !

Plus d’informations sur le site de l’atelier néerlandais : https://atelierneerlandais.com/fr/libre-cours-a-limagination-2/

STANISLAS ENTRE HUMANOS ET REVEURS

En attendant la parution tant attendue du troisième tome du Perroquet des Batignolles, son adaptation du feuilleton radiophonique de Tardi et Boujut, l’amateur de Stanislas pourra, pour patienter, se procurer deux belles rééditions récentes de l’artiste ligne claire.

La première est une intégrale des aventures de Victor Levallois cosignées avec Laurent Rullier. Les Humanoïdes Associés ont la très bonne idée de la proposer dans un format plus grand que la précédente parue en 2012 avec une nouvelle couverture fort belle. Un cahier graphique reprenant des illustrations noir et blanc du dessinateur complète la reprise des quatre albums de cette épatante série ligne claire chaudement recommandée !

Plus d’informations sur le site des Humanos.

La seconde réédition concerne un petit ouvrage moins connu, Deux enfants sur la lune, initialement publié en noir et blanc par les éditions Thierry Magnier en 2008. Le voici aujourd’hui magnifié par les Rêveurs dans une version en couleur augmentée d’une maquette de fusée en papier à monter soi-même (si l’on a bien évidemment l’envie de détruire son exemplaire). En plus de l’édition courante, un magnifique tirage de tête à 200 exemplaires numérotés et signés est proposé avec une couverture en noir et blanc, une jaquette en quadrichromie et cerise sur le gâteau, un superbe tiré à part réalisé par le Maître imprimeur lillois Pierre Imprime. De quoi craquer non ?

Plus d’informations sur le site des Rêveurs.

Merci aux deux éditeurs de remettre en avant ces belles créations !

COUP DOUBLE POUR BALDAZZINI

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu le plaisir de retrouver le trait ligne claire de Roberto Baldazzini dans un registre qu’on qualifiera de normal. Cela doit remonter à l’un des volumes de la défunte série de Jean-Pierre Dionnet intitulée Des Dieux et des hommes chez Dargaud.

Il est vrai que ces dernières décennies, le dessinateur italien a été plutôt adepte d’une bande dessinée adulte, érotique ou le plus souvent pornographique, registre dans lequel il semblait s’enfermer.

C’est donc avec grand intérêt que nous avons découvert ce printemps Sweet Jayne Mansfield publié chez Glénat et Hollywoodland édité par Paquet, deux albums de Baldazzini mettant en scène l’univers hollywoodien.

Copyright Baldazzini – Dupont & Glénat

Comme son titre l’indique, la première nouveauté est une biographie en plus de 130 planches de l’actrice américaine Jayne Mansfield publiée dans la collection «9 1/2» consacrée au cinéma. Avec sa plastique plantureuse, cette star aux allures de pin-up ne pouvait que satisfaire la passion de Baldazzini pour le dessin du corps féminin. Mais le scénario de J. M. Dupont ne se limite pas à présenter les charmes de celle qui se rêvait en nouvelle Marylin. Il revient sur l’itinéraire d’une femme intelligente, volontaire et ambitieuse, bien trop souvent réduite à son image de sex-symbol sans cervelle. Il dépeint les rêves de gloire, les premiers succès, les excès en tous genres, la fin rapide du rêve cinématographique, les prestations au rabais dans des cabarets et la fin tragique à 34 ans dans un accident de voiture qui la fera entrer dans la légende des stars maudites du cinéma américain.

Le dessin ligne claire de Baldazzini est au rendez-vous. Efficace certes mais pas flamboyant non plus. Il est vrai qu’il n’est pas issu de son seul crayon, s’étant fait assister par une collaboratrice. On sent la base photographique pour bon nombre de planches, ce qui va dans le sens de la fidélité du propos mais pas forcément de l’originalité graphique. La mise en couleurs à l’ordinateur n’est pas trop perturbante – ce qui est toujours un souci pour le trait ligne claire – en limitant ses effets et en trouvant des tonalités en phase avec les ambiances à dépeindre.

Nous ne saurions que trop conseiller la lecture de la préface signée par Jean-Pierre Dionnet qui présente avec justesse d’analyse, anecdotes et humour le parcours d’auteur de bande dessinée de Baldazzini, rappelant ses premiers récits publiés il y a déjà plus de trente ans en France dans une veine polar avec laquelle il renoue aujourd’hui. Il rappelle aussi toute l’admiration que vouait le grand Moebius à la « ligne claire éteinte » du dessinateur italien.

Plus de panches à découvrir sur le site de Glénat.

Copyright Baldazzini – Masiero & Paquet

Avec Hollywoodland, un polar cosigné avec le scénariste Michele Masiero aux éditions Paquet, Roberto Baldazzini propose un roman graphique en noir et blanc autour de l’industrie du cinéma dans les années 1920.

Le dessin est dans la même veine que celui de l’album précédent. Ici aussi, Baldazzini s’est fait assisté pour mener à bien les plus de 260 planches du récit. Son trait nous a fait souvent penser à celui de Daniel Torres période Huitième Jour. Sa ligne claire y croise le plus souvent des masses d’ombres. Il est vrai que le noir domine dans ce récit crépusculaire qui met en scène deux frères que tout oppose dans un Hollywood qui dévoile ses côtés les plus glauques et malsains bien loin des clichés lumineux de ses studios.

Plus de planches à découvrir sur le site de Paquet.

Espérons que ces deux nouvelles bandes dessinées ainsi que l’exposition que lui consacre la Galérie Glénat jusqu’à la mi-juin – voir ici – participeront à une meilleure reconnaissance par le public français de la vraie signature graphique de Roberto Baldazzini.

ENTRETIEN AVEC FABRICE PARME AUTOUR DU LAPIN CHARMEUR

La parution récente de Comment fricasser le lapin charmeur, sixième volume des épatantes aventures de Astrid Bromure aux éditions Rue de Sèvres, nous donne l’occasion de vous proposer un nouvel entretien avec Fabrice Parme.

C’est toujours pour nous un réel plaisir d’échanger avec cet artiste exigeant avec lui-même et érudit en bien des domaines. Nous espérons que la lecture de cet échange vous éclairera encore un peu plus sur sa démarche de création en ligne claire.

Pour l’illustration de cette interview, l’auteur nous a fait le plaisir de partager quelques dessins inédits issus de ses travaux préparatoires soit près de 350 feuilles de recherches pour les crayonnés des planches (personnages, habillage, décors…). Cela ne vous donnera qu’un aperçu de la masse de travail fournie pour aboutir à une création de qualité mais c’est déjà très instructif ! Bien évidemment, tous ces dessins sont soumis à copyright (voir bas de page).

Avec nos chaleureux remerciements à Fabrice Parme.

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Klare Lijn International : Quel a été le déclic qui a mis en branle ce nouveau récit ? L’écoute du Chien dans la vitrine par Line Renaud ? La dégustation d’un lapin chasseur ? Une émotion particulière devant un œuf impérial de Fabergé?

Fabrice Parme :Je voulais écrire un whodunit, une enquête intemporelle : qui a volé quoi ? J’ai commencé par décortiquer les structures des enquêtes d’Hercule Poirot et Miss Marple. Comme Agatha Christie était admirative des constructions narratives de P. G. Wodehouse, j’ai décortiqué les structures de ses comédies loufoques. Après ces analyses mathématiques, je savais surtout ce que je ne devais pas faire. Ces deux auteurs sont des génies de la construction. Ils n’improvisent rien et arrivent à rendre les situations les plus complexes parfaitement limpides et logiques. Mais certains des artifices et situations qu’ils utilisent sont difficilement transposables aujourd’hui. Par exemple : les dénouements où tous les suspects sont réunis autour de Poirot ou les coïncidences vaudevillesques à répétition dans les séries avec Jeeves et celles qui se déroulent au Blandings Castle, il n’est plus possible de les exposer telles quelles parce qu’elles ne correspondent plus à nos usages. Il y a des modes dans les manières de raconter qui correspondent aux évolutions de la société. Le monde d’Astrid Bromure n’est pas réellement celui des années 1925-30. C’est plutôt un regard de notre époque sur une autre et de cette autre époque sur la nôtre.

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Crayonnés de personnages

Les albums d’Astrid Bromure doivent tenir en trente pages et s’adresser d’abord aux enfants. Il me faut toujours parvenir à une intrigue simple avec des références que les enfants connaissent ou peuvent comprendre rapidement. Je compose des miniatures, pas des romans graphiques. Alors, il me faut des rebondissements qui s’enchevêtrent et zéro temps mort. Il y a toujours une pointe de fantastique dans une aventure d’Astrid Bromure. Pour ce récit, il fallait que je manipule mon lecteur avec un personnage légendaire. Il y a eu la Petite Souris, alors pourquoi pas le Lapin de Pâques. Je tenais mon lapin. J’ai ensuite procédé par analogie pour retenir deux autres ingrédients : œufs et chapeaux.

Le lapin et les œufs décorés s’accordent avec Pâques. Les œufs de Pâques peints par les russes orthodoxes ont inspiré Fabergé. Astrid a des parents très fortunés. Si elle participe à une chasse aux œufs, cette chasse ne peut être qu’exceptionnelle et il n’y a pas d’œufs plus exceptionnels que ceux créés par Fabergé. L’authentique histoire de ces bijoux impériaux est fabuleuse : de ceux que le tsar Alexandre III a offert à sa femme l’impératrice Maria Fedorovana à Staline qui en a vendu quatorze en 1927 en passant par Lénine qui en avait déjà vendu une partie en 1917 pour obtenir des devises étrangères. Je suis parti de cette matière pour échafauder la première version de mon intrigue. D’ailleurs, j’en ai conservé un palimpseste à la page 5 : Monsieur Molezkine commence à raconter cette aventure à Astrid, son récit est interrompu et s’évapore dans des motifs décoratifs inspirés de l’art populaire traditionnel russe.
Astrid a sa chasse aux œufs et son père a aussi la sienne. C’est un grand enfant comme tous les collectionneurs.

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Page 1 – Planche définitive (ci-dessus)

et étapes préparatoires (ci-dessous)

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J’avais un lapin et des œufs, il me fallait une arme du crime pour faire le lien. Un lapin sorti d’un chapeau est une image que tout le monde connaît. Pour faire tenir mon intrigue, il me suffisait de faire oublier cette image en brouillant les cartes, pour mieux la faire réapparaître. Pour y parvenir, le mieux n’était pas de cacher ce chapeau mais d’en placer plein d’autres tout au long du récit, comme des œufs qu’on disperse pour une chasse.
Si mes œufs sont russes, mon lapin ne peut être que de race Grand Russe. Puisqu’il est machiavélique et qu’il convoite un trésor de tsars, je l’ai prénommé Grigori comme Raspoutine.
Une fois mes ingrédients et mes morceaux de recettes réunis, j’ai expérimenté plusieurs schémas, ajouté, retiré et combiné des éléments jusqu’à ce que la recette fonctionne. Pour que ce soit délicieux, il faut faire mijoter longtemps à feu doux puis réduire pour ne conserver l’essentiel.

Les paroles de How Much Is That Doggie In The Window de Bob Merrill me sont venues au moment où il a fallu rédiger le texte de présentation en quatrième de couverture. Je souhaitais qu’il ressemble à une comptine. Généralement, avec mon éditrice, nous rédigeons ce texte au moment où la maquette s’exécute. Parfois, c’est elle qui s’y colle la première et je lui donne mon opinion. Cette fois, elle m’a laissé commencer. Je crois qu’elle a senti que j’avais ma petite idée.

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Crayonnés du lapin Grigori

KLI : Votre lapin Grigori tranche avec le lapin habituellement représenté en bande dessinée ou illustration jeunesse ? Du point de vue graphique, est-ce qu’il vous a fallu le laisser mijoter longtemps avant d’aboutir au résultat final vous donnant pleine satisfaction ? Concernant son rôle, sans rien dévoiler, on peut penser que vos plus jeunes lectrices et lecteurs seront surpris à partir de la page 20. Derrière tout cela, une volonté de votre part de casser le mythe du lapin « tout mignon tout gentil » ?

FP : Je commence toujours par penser au caractère d’un personnage avant de le dessiner. La forme découle de l’idée, jamais l’inverse. Je crois que l’improvisation n’est qu’un leurre. Faire confiance en son inconscient pour découvrir de nouvelles idées et de nouvelles formes est souvent une manière de déguiser des automatismes, des lieux communs, des préjugés ou un manque d’imagination. J’y vois plutôt une illusion de liberté. Je ne crois pas que l’écriture automatique ou le laisser-aller permettent d’inventer grand chose. Comme Spinoza, Diderot et Barthes, je crois plutôt que « Nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent». Alors autant se demander tout de suite pourquoi l’on écrit ceci ou l’on dessine cela.

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Recherches  pour le lapin Grigori

Lorsque je commence à me faire une idée du caractère d’un personnage, je prends une feuille format A4 et je dessine maladroitement à l’encre l’idée vague que je me fais de son aspect. Je sais que les premiers dessins seront approximatifs et que l’encre ne me permettra pas de gommer. Je gribouille, parfois pendant des heures. Cette première étape terminée, je laisse reposer. Je reviens sur ma feuille et toutes les maladresses et erreurs me sautent aux yeux et je m’en sers pour mettre progressivement mon idée en forme. Ce n’est pas de l’improvisation mais plutôt de la recherche, parce que j’ai déjà une vague idée de forme en tête. Je tente plusieurs pistes et je regarde ce que ça donne. Je remets cent fois l’ouvrage sur le métier jusqu’à ce que le personnage s’impose comme une évidence. Ce qui est amusant, c’est que lorsque je montre mes recherches d’un personnage autour de moi, tout le monde me dit préférer le même design. Parce que chaque trait fait sens et devient signe, ce qui ne venait que de moi commence déjà à appartenir aux autres.

Je voulais un lapin iconique, une petite peluche, quelque chose de kawaii. Des formes simples et immédiatement identifiables. Plus c’est simple et plus le lecteur peut projeter ses émotions.

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Le lapin Grigori aux côtés des personnages récurrents de la série et des héros des précédentes aventures

(la petite souris, le fantôme, l’enfant sauvage, le monstre du Loch Ness et le Yéti)

Une de mes premières références pour créer Astrid était Alice in Wonderland. Le Lapin Blanc m’est revenu comme une évidence mais je ne voulais pas copier celui de John Tenniel. Qu’il soit entièrement blanc et lui mettre une veste. Le lapin Grand Russe est blanc et noir. Ce sont ces petites notes de noir qui suffisent à lui donner sa personnalité. Un peu comme un panda qui se distingue d’un ours. Une fois que j’ai su pourquoi je voulais lui donner cette identité graphique, je suis parti dans une série de recherches graphiques pour trouver son aspect.

La forme était trouvée. Simple et exactement à l’inverse de la duplicité du personnage. Grigori n’est pas tout blanc, sa face sombre peut prendre le dessus. Les animaux de compagnie sont souvent réduits aux sentiments que leurs maîtres veulent leur attribuer alors qu’ils ont leur propre caractère comme tous les animaux.

Pour en revenir à Alice in Wonderland, on n’y trouve pas qu’un lapin blanc après lequel courir mais aussi un chapelier fou. Il y a du Lewis Carroll dans ce tome 6. L’idée d’un texte en forme de comptine au dos du livre est là pour le rappeler.

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Page 27 – Crayonnés (ci-dessus et ci-dessous)

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KLI : Est-ce que vous êtes plutôt réceptif à l’avis des autres ou bien très imperméable et certain de vos choix ? Etes-vous plus attentif au regard de vos proches ? Les faites-vous passer avant celui de votre éditrice ? 

FP : Je suis aussi imperméable qu’une éponge. J’absorbe tout puis je m’essore pour ne retenir que le nécessaire. Je tiens toujours compte des remarques mais je décide seul de la manière de les intégrer. S’il y a une remarque, c’est quelque chose n’est pas clair. Je ne me considère pas comme parfait ou génial. Si c’était le cas, je n’aurais pas besoin d’un éditeur. Je suis autant attentif au regard de mon éditrice qu’au regard de mes proches. Mais ça s’arrête là.

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Extrait d’un carnet (pré-découpage et notes graphiques)

Charlotte Moundlic, mon éditrice, est toujours la première à me lire et à donner son avis et personne n’est autorisé à découvrir la première version avant elle. Elle a le droit de tout critiquer et m’aide à ne pas perdre de vue qu’Astrid Bromure s’adresse d’abord à des enfants. Lorsque nous ne sommes pas d’accord, alors ça veut dire que je n’ai pas été assez clair et que je dois reprendre ma copie. Mais au final, c’est toujours à moi de trouver la solution. Les premières versions de mes synopsis sont toujours très alambiquées. Depuis le premier tome, Charlotte me répète qu’il y a trop d’histoires dans mon histoire et trop de matière. Alors, je retire des intrigues, des séquences, des gags. Mais ce que je retire vient alimenter les tomes suivants. Sur mes découpages, Charlotte me demande encore de retirer des dialogues ou d’éclaircir certains points. Olivia Karam, ma correctrice, me fait aussi quelques suggestions pour des tournures de phrases ou le choix d’un mot.

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Palette de couleurs par personnage

KLI : Concernant la couleur, qu’est-ce que votre épouse, habituellement en charge de ce travail et malheureusement empêchée temporairement pour cette aventure, a pensé du résultat ? Est-ce qu’elle a eu un rôle en orientant le travail de sa confrère ?

FP : Mon épouse, Véronique Dreher, qui est aussi la coloriste de mes albums, aime bien lire l’avant-dernière version du découpage et ne veut rien savoir avant. Si elle ne comprend pas un détail, j’en tiens compte.
Même si Véronique a été empêchée de travailler temporairement sur les couleurs de ce tome 6, elle a gardé le contrôle et a pu tout valider étape par étape. J’ai été son assistant et j’ai suivi ses conseils et ses remarques. Les gammes de couleurs étaient déjà préparées et je n’avais plus qu’à faire appliquer les combinaisons. Si elle me disait, ce n’est pas le bon vert, je le remplaçais par le vert qu’elle avait choisi. On se connaît depuis les Arts Appliqués Duperré, ça aide. Personne n’aurait pu la remplacer. L’album a pris un peu de retard mais il fallait que ce soit ses couleurs et ses accords. Chez Rue de Sèvres, ils ont été très compréhensifs et Charlotte a veillé à ce que tout se passe au mieux.

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Page 3 définitive (ci-dessus) et crayonné préparatoire d’un élément de décor (ci-dessous)

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KLI :  L’art du déguisement et de la disparition caractérise les deux sœurs Molotoff, deux personnages clés de votre bande dessinée. Cela rappelle les postiches d’Olrik dans les aventures de Blake et Mortimer ou les tours de Frédéric Larsan dans les aventures de Rouletabille. Des références pour vous également ?

FP : Rouletabille est l’une des influences de Tintin. Ce personnage de Gaston Leroux est un peu oublié aujourd’hui mais peut-être pourrait-on le remettre au goût du jour comme le Lupin de Maurice Leblanc. Arsène (comme Fantomas et Frédéric Larsan) aime bien les déguisements aussi. Ces personnages de voleurs et assassins – qui sont nombreux dans la littérature populaire du XIXe siècle et début du XXe siècle – ont influencé des auteurs comme Hergé et Edgar P. Jacobs. La bande dessinée populaire a hérité du roman populaire. C’est cette dimension populaire que je souhaite conserver et revisiter. Un dialogue entre les classiques et les modernes. Les fictions populaires ne sont pas seulement des divertissements mais aussi des miroirs pour comprendre ce qui fait de nous des êtres intemporels. La fiction est plus essentielle pour comprendre l’Être dont parle Heidegger que l’auto-fiction ou le reportage. Les déguisements dans les récits sont aussi vieux qu’Homère. La difficulté est de raconter les choses autrement pour faire redécouvrir au lecteur ce qu’il connaît déjà.

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Page 27 – Crayonnés (ci-dessus et ci-dessous)

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Les jumeaux Halambique dans Le Sceptre d’Ottokar m’ont également marqué. Il y a toujours des jumeaux dans Astrid Bromure. Cela vient en partie de cet album de Hergé et en partie d’un de mes oncles qui avait un jumeau, double dont je n’ai découvert l’existence qu’à la mort de cet oncle. C’est ma grand-mère qui m’a alors révélé ce secret : un jumeau mort à la naissance. Ma grand-mère n’avait donc pas eu neuf mais dix enfants. Le non-dit existait dans la famille parce que depuis tout petit, j’avais souvent entendu dire à propos de cet oncle qu’il était gros parce qu’il avait mangé son frère. Je crois que j’ai toujours été intrigué par les jumeaux à cause de cette histoire familiale. Je le répète, je ne crois pas en l’improvisation. Dans le Sceptre d’Ottokar, il y a aussi deux couples de jumeaux. Les Halambique et les Dupondt. Lorsque j’ai créé le duo Molotoff, j’avais tout cela en tête.

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Etudes de chapeaux

KLI : Il est beaucoup question de couvre-chefs dans ce nouvel opus. Une envie particulière du dessinateur au-delà de leur rôle dans l’avancement du récit (pages 7 à 9). Et puis on peut aussi se dire que finalement, votre trame tourne autour de la question « à qui faire porter le chapeau ? ».

FP : Ma trame n’est qu’un tour de magie et j’ai besoin de chapeaux pour réussir mon numéro.

La femme qui a révolutionné la mode dans la première moitié du XXe s. portait le pseudonyme de Coco. Et coco, en langage enfantin, c’est un œuf. Je lui ai donc donné un air de Chanel et avec la coloriste, on a choisi de l’habiller en blanc et jaune comme un œuf dur. Elle se nomme Normandy parce que Gabrielle Chasnel a commencé à avoir du succès comme modiste avec ses chapeaux à Deauville près de l’hôtel Normandy. J’avais ma modiste et mes chapeaux. Ma chapelière folle.

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Etudes autour de Coco Chanel

Aujourd’hui, presque plus personne ne porte de chapeau pour sortir. À la rigueur une casquette de joueur de baseball. Mais dans les années 1925-30, pour une grande-bourgeoise, sortir sans chapeau était inconcevable. Pour dessiner des chapeaux de cette époque, j’ai feuilleté des dizaines de vieux numéros de Vogue, Jardin des Modes et La Gazette du Bon Ton en faisant des croquis. En ne portant plus de chapeaux, on a fait disparaître un art et c’est dommage. C’est fou ce que les modistes ont pu inventer comme formes pour habiller une tête. Et dessiner des chapeaux, c’est difficile alors, c’est intéressant.

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Etudes de chapeaux

KLI : Après ces questions, je me dis qu’une de vos joies d’auteur doit être de semer ici ou là des signes qui renvoient le lecteur à son propre imaginaire et à des réminiscences graphiques, cinématographiques ou littéraires quitte à ce que celui-ci imagine des connexions que vous n’aviez pas en tête ! Est-ce qu’il y a un peu ou beaucoup de cela dans vos créations ? Il est certain que mon interprétation vaut surtout pour votre lectorat le plus âgé.

FP : Les enfants débarquent dans un monde qu’ils ne comprennent pas et personne ne choisit le moment de sa venue au monde. Si vous auriez aimé être habillé comme en 1800, tant pis pour vous, vous êtes arrivé trop tard et il faut faire avec ce qu’il y a dans les boutiques. L’immensité des choses préexiste à notre existence. Les enfants doivent faire avec et les adultes aussi. Même si nous nous cultivons toute notre vie, nous ne restons en définitive que des amateurs dans tous les domaines. La culture est un puits sans fonds et la plus intarissable de toutes les richesses. Les capitalistes ne convoitent pas le bon trésor.

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Crayonnés de Madame Bromure

Qu’un enfant ne comprenne pas tout à la lecture d’un album Astrid Bromure, peu importe et tant mieux. Je crée un univers assez riche pour que mes lecteurs, qu’ils soient petits ou grands, ne maîtrisent jamais tout. Et je ne raconte pas tout et ne dessine pas tout pour que l’imagination du lecteur puisse travailler et apporter son propre regard. Donc oui, j’invite le lecteur à faire des connexions, des analogies et à y mettre une part de lui. Un peu comme si je créais un meuble d’inspiration Art Déco mais que le propriétaire à qui il se destine pouvait y ranger et y poser ce qui lui plaît.
Le moindre détail est travaillé et a son histoire parce que j’ai besoin de croire en mon univers si je veux que d’autres puissent y croire. Il y a des références partout. Comme dans notre monde, le moindre détail a sa raison d’être et on n’en perçoit même pas le millième.

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Page 4 – Planche définitive (ci-dessus) et travaux préparatoires (ci-dessous)

Il y a aussi des références pas évidentes mais qui me permettent d’imaginer des compositions inédites en bande dessinée. Par exemple, la page 4 montre une vente aux enchères. J’avais en tête deux séquences de films : Le début de How To Steal a Million de William Wyler (pour la comédie) et la fameuse séquence de la bataille sur la glace de Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein (pour la construction et la composition). Mon récit se déroule dans les années 1920-30 et je m’amuse naïvement avec ce que m’évoque le mot russe. Le Constructivisme russe, je ne pouvais pas passer à côté. Ce qui est formidable dans cette séquence de Alexandre Nevski, c’est que Sergueï Eisenstein emploie des plans larges avec une rangée de soldats et des gros plans sur des casques, des visages, des boucliers pour nous donner l’impression d’une foule immense et d’une bataille grandiose.

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J’ai construit ma page en pensant à cela. Je ne pouvais pas dessiner une foule de personnages à chaque image mais je devais donner l’impression à chaque image qu’une foule était là. J’ai donc transposé dans un espace en deux dimensions (la page) des principes que Sergueï Eisenstein utilisait pour monter sa séquence (deux dimensions aussi mais une suite d’images d’une pellicule). Eisenstein a une manière de composition ses images qui est très graphique et emprunte à la peinture épique mais il a aussi et surtout une manière de les assembler entre elles qui reste moderne. Je suis vraiment parti de là pour construire ma séquence. Par exemple, je fais jouer les personnages en ne respectant pas l’espace réel en trois dimensions mais celui de la page qui est en deux dimensions. On lit en passant d’une image à l’autre en se souciant pas des règles de la perspective en trompe l’œil comme dans une toile de la Renaissance mais en utilisant la trajectoire de l’œil pour lire une page. À partir du moment où le point de fuite est aboli parce qu’inutile pour la compréhension de la succession des images, un personnage qui devrait être placé derrière dans la réalité peut être placé à côté d’un autre mais dans une vignette séparée. La logique de la lecture n’est pas celle de notre espace réel. Je fais aussi croire à des décors et des personnages qui ne sont pas représentés. Et la forme du cadre d’une vignette n’est pas innocente. Si j’isole un visage dans un carré ou un cercle, la relation à l’espace que recrée le lecteur n’est pas la même. Synecdoque.

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Chacune de mes images est un petit monde. La suite de mes images crée des combinaisons. Pareil pour mes dialogues. On peut s’arrêter sur une image et sur un dialogue et y découvrir quelque chose. Mais on peut aussi faire des liens entre des images et des dialogues qui se suivent ou qui se répondent ailleurs dans l’album.

La Ligne Claire permet, comme en musique polyphonique, de créer plusieurs lignes indépendantes qui peuvent se tisser entre elles ou dialoguer en contrepoint. En réalisant cet album, j’ai beaucoup écouté Igor Stravinsky (encore un russe) et plus particulièrement Ragtime for Eleven Instruments. Le côté malicieux du lapin Grigori, ce sont ces notes qui sautillent tout au long du morceau. La polyphonie chez Igor Stravinsky m’inspire beaucoup. Synesthésie.

Je joue avec les mots comme avec les formes parce que j’ai envie que les enfants prennent plaisir à s’intéresser à tout. Qu’ils comprennent que tout fait sens et que dans le mot sensibilité, il y a sens dans les deux sens du mot. Un livre pour les enfants est un outil pour apprendre à grandir. C’est essentiel !

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Crayonné de Mademoiselle Poppyscoop

KLI : Finalement, au même titre que les aventures de Tintin, vos Astrid Bromure sont des supports idéaux pour un échange intergénérationnel et une transmission de références et de savoirs entre parents et enfants. Avez vous toujours à l’esprit d’œuvrer pour les familles et pas seulement les enfants ?

FP : Si Astrid est centrale, ce sont aussi les aventures de la famille Bromure avec ses domestiques. Un microcosme. Les aventures d’une famille concerne la famille. Hergé a petit à petit composé une famille autour de Tintin.
Je souhaite que les enfants discutent d’Astrid Bromure avec leurs parents ou que des parents aient envie de faire découvrir Astrid à leurs enfants. Si les enfants ne comprennent pas tout à mes albums, les parents peuvent leur expliquer des choses. Si un enfant sent que ses parents apprécient Astrid, il aura encore plus envie de lire ses aventures et de lire tout court.

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Crayonnés de personnages récurrents

Il y a des niveaux de lecture dans mes albums. Astrid ne comprend pas toujours tout ce qui lui arrive, elle veut grandir comme tous les enfants et pour y parvenir, elle a besoin d’interroger les adultes et de se confronter à eux.
Dans Astrid Bromure, Il y a des niveaux de lecture pour adultes mais ils n’altèrent pas la compréhension du récit pour un enfant de 8/10 ans. Je n’ai pas envie d’offrir des albums simplistes aux enfants. Je ne crois pas qu’on apprenne quelque chose s’il n’y a pas d’obstacles à surmonter. Je suis exigeant avec tous les enfants comme je l’ai été avec les miens.

Dans Astrid Bromure, il y a aussi des niveaux pour différents enfants et différents adultes. Il y a des valeurs que je souhaite transmettre aux parents aussi. J’essaie de le faire comme le fait Mademoiselle Poppyscoop. En ne froissant personne mais en obligeant chacun à s’interroger sur ce qui fait sens. Parfois, en lisant une phrase dans un livre de Kant, Heidegger, Bergson, Debray… je trouve une situation à illustrer. Un concept philosophique peut devenir le point de départ d’une action, d’un gag, d’une séquence voire d’une histoire. La transmission de valeurs passe aussi par faire simple. Pas simpliste mais tout l’inverse : simple.

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Crayonnés autour des Oeufs impériaux (ci-dessous) et page introductive de l’album (ci-dessous)

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KLI : On peut évoquer un autre élément fondamental de votre récit, l’œuf impérial qui est pour vous l’occasion – sauf erreur de notre part – de dénoncer les excès maladifs de la collectionnite aiguë. Un hommage aussi j’imagine à ces belles pièces ?

FP : La collectionnite aiguë est une vanité maladive. Par peur de mourir, on accumule des objets pour se croire plus fort et invulnérable.

Mais réunir des objets d’une même famille, c’est aussi créer une œuvre. Si vous avez un bel objet et que vous le placez à côté d’un objet semblable mais pas identique, chacun rend l’autre plus beau. La singularité de l’un magnifie celle de l’autre. Plus vous reproduisez l’opération et plus l’ensemble est cohérent et chaque objet devient encore plus unique.
À chaque fois qu’un album d’Astrid Bromure sort, il vient compléter une collection. Ce qui fonctionne pour les œufs de Monsieur Bromure fonctionne pour une collection de bandes dessinées aussi.

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KLI : Après ce récit très urbain, Astrid connaîtra-t-elle une prochaine aventure loin du Manoir des Bromure ?

Le tome 7 se déroulera entièrement au manoir. Il s’intitulera Comment lessiver la baby-sitter. Ensuite, Astrid retournera en Écosse avec Mademoiselle Poppyscoop et avec l’oncle Hazel, ils iront se promener dans les Highlands.

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Projets de couverture pour ce tome 6

Pour plus d’informations :

  • Le site de Fabrice Parme :
  • Le site des éditions Rue de Sèvres
Les dessins et illustrations de cette note sont soumis au copyright de Fabrice Parme mais aussi à celui de Véronique Dreher pour les couleurs et celui de Rue de Sèvres pour la couverture et les pages publiées dans l’album

LES ARTS DESSINES DE AVRIL ET FLOC’H

La publication Les Arts Dessinés honore en ce mois de mars deux anciens de la bande dessinée ligne claire.

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Il s’agit tout d’abord de François Avril avec la coédition d’un catalogue de l’exposition 324 dessins que lui consacre la galerie bruxelloise Huberty & Breyne jusqu’au 3 avril.

L’occasion de replonger dans l’univers graphique, minimaliste mais néanmoins très riche, de l’artiste français au travers de créations inédites de petit format qu’il gardait jusqu’à présent pour lui, ce qui change de ses dernières expositions de peintures et toiles d’une toute autre dimension.

Derrière la diversité des sujets (paysages urbains, rivages et autres paysages) et des techniques (plume, crayons de couleurs, stylo…) et la longue période de création couverte (de 2007 à nos jours), se dégage une grande cohérence d’ensemble et une volonté manifeste de renouvellement permanent.

L’intégralité des dessins exposés est reprise dans le catalogue.

Pour celles et ceux qui voudraient s’offrir un original, on notera que les prix proposés sont abordables.

A découvrir sur le site de la galerie : https://hubertybreyne.com/fr/expositions/presentation/394/324-dessins

Autre actualité pour les Arts Dessinés, la parution de leur numéro 14 avec Floc’h en couverture et en interview à l’occasion de ses dernières publications, La femme de ma vie – déjà évoquée sur ce site – et Une Chienne de Vie, son dernier ouvrage jeunesse d’inspiration canine et basquaise au Seuil.

On relèvera une évocation de sa relation avec Yves Chaland.

A découvrir ici : http://www.dbdmag.fr/artsdessines/numeros/detail/406.html

PHILOSOPHER EN LIGNES CLAIRES

Parler de notre rapport au monde sans l’air d’y toucher n’est pas évident. Le faire avec un sens aigu de la réflexion, une forme de spiritualité et surtout un humour affirmé est encore plus compliqué. Petite sélection d’ouvrages qui titillent l’esprit !

Pour les petits mais aussi les plus grands, nous ne saurions que trop conseiller le 21ème tome des aventures de L’ours Barnabé. Intitulé Joyeux Anniversaire ! – à l’occasion de la publication du 1000ème gag de notre plantigrade – il propose un regard drôle et loufoque sur la vie. De la philosophie oursonne qui parle aux humains ! Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette série servie par un dessin très clair et lisible, le volume 5 de son intégrale aux éditions La boite à Bulles sortira en même temps que le nouvel opus, ce 10 mars. Bon Anniversaire à l’Ours Barnabé et à son brillant auteur Philippe Coudray !

Pour plus d’informations : https://www.la-boite-a-bulles.com/album/680

Avec Le smartphone et le balayeur publié aux Arènes BD, Emmanuel Guibert nous propose une rencontre urbaine du troisième type, celle d’un téléphone portable perdu dans la rue et d’un agent d’entretien en plein nettoyage. Ce couple improbable est l’occasion d’une série de gags qui peuvent être lus isolément ou d’une traite car formant un récit complet. L’occasion pour le lauréat du Grand Prix d’Angoulême 2020 de nous faire réfléchir avec humour à notre dépendance à la technologie et au vrai sens de la vie. Plus orienté vers les adultes, il peut néanmoins être lu par les plus jeunes. Comme ils sont hélas de plus en tôt exposés aux ravages des outils technologiques de poche, cela devrait leur parler… Le dessin développé par Emmanuel Guibert pour cet ouvrage est très minimal. Proche de la pictographie, il relève presque du hiéroglyphe moderne. Preuve de plus de l’infinie palette de ce brillant créateur qui sait se renouveler.

Pour plus d’informations : https://www.arenes.fr/livre/le-smartphone-et-le-balayeur/

Question renouvellement, il ne faut pas trop compter sur Floc’h. En effet, avec La femme de ma vie, petit ouvrage de 76 images publié par les éditions Le dilettante, il ajoute un opus à la déjà longue liste de ses livres contenant le mot vie dans leur titre. Cette fois, il donne à voir une comédie conjugale à tendance philosophique sous la forme de saynètes mettant en scène son double autofictionnel et sa compagne, deux personnes aux caractères bien trempés, aux goûts divergents mais vivant en parfaite harmonie. Bien évidemment, le ton est toujours celui d’un dandy et les citations précieuses sont nombreuses. Côté dessin, la mise en page est plus qu’épurée dans la veine flemmarde revendiquée désormais par l’auteur, expert en recyclage de ses propres dessins. La répétition, l’autocitation, est-ce encore de la création ? Vaste question de style ! En attendant Chienne de vie, le prochain livre de Floc’h, manifestement d’influence canine, annoncé au Seuil Jeunesse pour le début mars. On verra s’il est mordant…

Pour plus d’informations : https://www.ledilettante.com/product/la-femme-de-ma-vie/

RUTU MODAN ET LES NOUVEAUX AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE

Avec Tunnels, sa dernière bande dessinée publiée en France par Actes Sud, l’Israélienne Rutu Modan s’impose comme l’un des principaux rénovateurs de la ligne claire.

Servie par un dessin d’une parfaite lisibilité, cette histoire est captivante de bout en bout. C’est tout d’abord un récit d’aventure qui nous est proposé puisqu’il ne s’agit pas moins de suivre la quête d’archéologues à la recherche de la fameuse Arche d’Alliance (remember Indiana Jones…). C’est aussi une comédie avec des situations drolatiques proches du vaudeville mettant en scène une famille attachante (une héroïne au caractère bien trempé, son fils accro aux jeux sur portable, son frère difficile à cerner, son père souffrant d’Alzheimer) et toute une galerie de personnages tous habités et bien campés ( d’ailleurs représentés de manière plus « cartoon » que dans les précédents romans graphiques de Rutu Modan ). C’est aussi une évocation très fine de la culture hébraïque, des pratiques religieuses, du conflit israélo-palestinien avec ses colonies, ses tunnels et ses murs (en béton et dans les têtes). Sans l’air d’y toucher, avec légèreté et brio, en nous faisant entrer dans le vécu et l’intimité de ses personnages, la créatrice donne beaucoup à voir de la réalité et de la complexité du contexte géopolitique local.

Nous voyons tout simplement dans ce livre une relecture moderne de plusieurs classiques de la ligne claire franco-belge et en premier lieu du Mystère de la Grande Pyramide : on y trouve une tablette cunéiforme, tout un monde souterrain, des fouilles, un département d’archéologie, des trafics d’antiquités…

Là où certains s’épuisent à maintenir en vie Blake et Mortimer dans des récits cliniquement morts, Rutu Modan nous livre un récit plein de vie qui s’inscrit résolument dans son époque avec humour et intelligence. Son héroïne Nilli Broshi est la digne héritière des héros d’Edgar P. Jacobs !

Pour feuilleter une partie de l’ouvrage sur le site de l’éditeur : https://issuu.com/actes_sud/docs/9782330143923_extrait/2

Illustrations copyright Rutu Modan & Actes Sud